Incroyable ! Après la découverte de têtes de harpons vieilles de plus de 7 000 ans en Russie, le Comité International des Cultures Taurines s’est empressé d’y voir des extrémités de banderilles prouvant l’antériorité des courses de taureaux de combat dans cette partie orientale de l’Europe. Pour le Président du Comité, Hubert Labeyrie de la Vega, interrogé par un envoyé spécial du Club Dubalen : « il s’agit d’une justification essentielle qui permettra le développement de la tauromachie en Russie. Des contacts ont déjà été pris par des éleveurs de toros pour installer des élevages en Sibérie. Et avec un mec comme Poutine au pouvoir, on ne peut qu’être appuyé, car Poutine, viril comme il est, contrairement à tous ces parisiens bobos anti-tout, il ne peut qu’approuver,. C’est clair, car ce gars-là, c’est pas un (…) ». (nous tronquons la citation, tout le monde aura compris la fin du propos).

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Rappelons que ce même comité avait surpris tout le monde en réclamant la construction d’arènes à Montignac (Dordogne) au seul argument que des taureaux étaient représentés dans la célébrissime grotte de Lascaux et que dans la scène du Puits de la dite grotte, le personnage renversé par un auroch ne pouvait être qu’un torero puisque, toujours d’après le président du Comité « on voit très nettement le sexe du bonhomme et avec des attributs virils pareils, associés à un face à face démentiel entre l’homme et la bête, entre l’homme et son double animal, entre culture et nature, entre l’homme puissant et son propre désir, entre le jour et la nuit, entre l’eau et le feu, entre le tout et le rien, et entre (soupir), pardonnez-moi, je m’emporte, donc ce bonhomme-là, aussi bien avantagé par la nature, ça ne peut être qu’un torero, un homme, un vrai et pas une (…) » (nous tronquons la citation, tout le monde aura compris la fin du propos).

 

 

PS : évidemment, rien de tout ceci n’est vrai ! il n’y a pas plus de banderilles en Russie qu’il n’y a une scène de tauromachie à Lascaux. 😀 Bien entendu, le Club Dubalen ne porte aucun jugement sur la tauromachie, ni n’émet d’avis sur ceux qui la défendent et ceux qui la combattent, car ce blog n’est pas un lieu militant. Seulement, il est bon parfois de rire de certains sujets.

 

 

S’il y a bien une curiosité toponymique qui normalement ne fait pas mystère, c’est bien celle relative à la dune du Pilat et au Pyla-sur-mer. Et pourtant, chaque fois qu’une page touristique du réseau social Facebook partage une photo de la dune accompagnée comme il se doit du toponyme Pilat, les commentaires rageurs d’internautes s’accumulent pour dénoncer ce qui pour eux est un véritable crime orthographique, puisque selon ces mêmes personnes, il faudrait écrire « dune du Pyla »… (autant on ne peut en vouloir à des internautes lambda de confondre, autant rien n’excuse l’ignorance crasse des auteurs de nombre de sites internet à vocation touristique qui entretiennent malheureusement cette confusion : https://www.google.fr/search?q=%22dune+du+pyla%22 )

ET NON ! ERREUR ! Pyla, depuis le début du XXe siècle, a toujours fait référence à la station balnéaire créée au nord de la dune, à l’emplacement d’un lieu dit attesté anciennement Pilat. Cette création toponymique est due au créateur de la station, Daniel Meller : du Pilat gascon, signifiant tas, monticule, on passe à Pyla signifiant… RIEN ! ce nom de lieu ne veut rien dire. En fait, cette transformation du mot tablait sur une orthographe à la grecque, dans le but de jouer sur le côté méditerranéen pour rendre attrayante touristiquement cette partie du Bassin d’Arcachon.

Bref, la dune a toujours été « Dune du Pilat » (ou sur certaines cartes « Dunes du Pilat ») et la station balnéaire « Pyla-sur-mer ». Il n’y a aucune raison de confondre. Et histoire d’enfoncer le clou, voici un petit florilège de cartes du secteur appuyant ce qu’apparemment, tant de monde ignore (cliquez sur images pour les agrandir) :

En 2016 :

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En 1950 :

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En 1850 :

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Zoom sur la carte de 1850 pour mieux observer l’emplacement du futur Pyla-sur-mer :

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En 1750 :

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Paru initialement dans le bulletin de la Société Historique et Archéologique d’Arcachon en 2007. Merci à l’auteur de l’article de nous avoir permis de le publier sur ce blog. Première partie déjà publiée ici.

Les sépultures du Premier Age du Fer autour du bassin d’Arcachon et de la basse vallée de la Leyre (800-420 avant J.-C.), par Marie BILBAO – Deuxième Partie

V. Résultats de l’étude des ensembles funéraires de la basse vallée de la Leyre

  1. LES STRUCTURES FUNERAIRES 

a) Les structures tumulaires

La taille des tumulus est très variable : ces derniers mesurent entre huit et trente-quatre mètres de diamètre. La hauteur est difficile à appréhender, l’érosion ayant peut-être eu un rôle à jouer dans la conservation des structures tumulaires. Le tumulus le plus haut mesure deux mètres cinquante alors que le moins proéminent est à peine marqué par un relief. Il reste difficile de tirer des conclusions de ces informations car la conservation différentielle des structures peut amener à des erreurs d’interprétation. En effet, on ne note aucune cohérence entre le diamètre des tumulus et leur hauteur conservée. Par exemple, le tumulus D de la nécropole de Pujaut possède un diamètre de quinze mètres (jugé assez important) alors que B. Peyneau indique qu’il n’avait aucun relief[1]. La question de la conservation de la structure tumulaire doit donc être posée. En parallèle, on a découvert, au sein des nécropoles tumulaires, des structures totalement dépourvues de mobilier ou d’un quelconque matériel anthropique. B. Peyneau a donc soulevé la question de l’existence de tumulus cénotaphes. Cependant, ces structures ont été récemment assimilées (lors de la fouille du tumulus S des Gaillards par S. Schwaller[2]) à de petites dunes s’étant formées par hasard sur le site et de manière totalement naturelle.On voit donc que la question de la taille des tumulus pose problème : outre les problèmes de conservation différentielle des monuments, l’existence de dunes naturelles peut amener à des conclusions faussées par une documentation mal interprétée. En ce qui concerne le creusement des tumulus, nous avons pu noter l’existence de deux groupes : les tumulus peu creusés, dont la profondeur est inférieure à 0,50 m ; et les tumulus creusés jusqu’à l’alios, dont la profondeur avoisine 0,50-0,60 m.

Les structures en garluche sont très rares dans la région d’Arcachon alors que ces dernières sont de plus en plus fréquentes et complexes au fur et à mesure que l’on descend vers de sud de l’Aquitaine. Seuls trois tumulus présentent ici de telles structures : il s’agit des trois tumulus de la nécropole de Houn de la Peyre.

Seuls quelques tumulus semblent présenter des fossés d’entourage mais là encore les données anciennes peuvent nous induire en erreur : il est donc possible que les fossés aient été plus nombreux mais qu’ils n’aient pas été décelés par B. Peyneau.

L’étude des tumulus a amené à en faire une typologie (figure 1) très simple et qui sera sûrement amenée à être complétée et corrigée si de nouvelles fouilles sont un jour organisées :

– Type 1a : creusement peu profond (inférieur à 0,50m.)

– Type 1b : creusement peu profond (inférieur à 0,50m.) + garluche

– Type 2a : creusement profond (0,50m au minimum)

– Type 2b : creusement profond (0,50m au minimum) + fossé

– Type 3 : non creusé

Une dernière remarque concerne le seul exemplaire de tumulus non creusé[3]. En effet, la fouille de ce tumulus a révélé deux sépultures, dont une du Premier Age du Fer. Cette dernière est placée comme une sépulture secondaire dans la masse tumulaire alors que le tertre ne présente aucune sépulture centrale. De plus, la stratigraphie présentée dans le rapport de fouille[4] peut amener à penser qu’il s’agissait d’une dune naturelle. On

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Figure 1 : typologie des tumulus

peut donc se demander si certaines dunes naturelles n’auraient pas été utilisées bien  après leur formation. Bien qu’hypothétique, cela amène à se poser la question des critères de choix précédant la mise en terre des restes du défunt mais également celle de la présence ou non d’autres structures en matériaux périssables indiquant les tombes[5].

b) Les tombes en fosses

Les tombes plates sont caractérisées par la présence d’une fosse, où est placée l’urne cinéraire. Ces fosses, bien que rarement fouillées de manière minutieuse, semblent correspondrent à deux types, caractérisés par leur comblement. Malheureusement, les fouilles récentes, uniquement préventives, n’ont pas eu le temps de s’attarder sur ce point : les seules remarques faites concernaient la visibilité de la fosse. B. Peyneau, quant à lui, a réussi à définir pour la nécropole du Truc du Bourdiou des fosses remplies de sable qu’il dit naturel et de sable charbonneux.

La question de la fosse sépulcrale et de son comblement peut paraître anodine, mais elle peut toutefois apporter des informations sur les pratiques funéraires. Certains croquis, notamment ceux de A. Coffyn lors de sa fouille de la nécropole de Balanos en 1974[6], semblent montrer que certaines fosses possédaient, dans leur fond, une concentration importante de charbons. La situation de la zone charbonneuse, passant sous l’urne, nous permet d’affirmer que la fosse avait été remplie d’un peu de terre charbonneuse avant la mise en place de l’urne cinéraire. Toutefois, le manque de documentation ne nous permet pas de tirer davantage d’informations de ces données. Cela nous permet toutefois de comprendre progressivement et avec plus d’exactitude des gestes liés à la mise en terre d’un défunt.

Outre les fosses funéraires, les nécropoles de tombes plates ont livré des structures dont la fonction reste encore obscure. Il s’agit de fosses, comblées de sable et présentant une concentration de charbons très importante. Ces fosses semblent n’avoir livré que très peu de matériel anthropique, mais seules les fouilles de B. Peyneau nous apportent des informations sur ces dernières. En effet, les fouilles préventives récentes ont seulement mis en évidence ces fosses, et une seule a été fouillée de manière partielle.

Ces fosses posent souvent problème. Dans la nécropole du Truc du Bourdiou (figure 2), leur nombre est très important, mais selon leur taille, toutes n’ont pas pu servir d’ustrina[7]. Il serait intéressant, à l’avenir, de tenter de mieux comprendre ces fosses, peut-être en travaillant d’abord sur leur morphologie et sur le matériel, si peu nombreux soit-il, qu’elles nous livrent (quelques esquilles osseuses et quelques micro-tessons). Les nécropoles de tombes plates ont également livré des structures de pierres. La plupart de ces dernières ne nous sont pas parvenues intactes. Néanmoins, certaines, mieux conservées, nous apportent des informations précieuses.

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Figure 2 : nécropole du Truc du Bourdiou, plan d’après B. Peyneau

A l’heure actuelle, seule la nécropole de Balanos n’a livré aucune structure de ce type, mais la proximité d’une route et les dégâts qu’elle a subi lors de la construction de cette dernière peut nous faire penser que ces dernières ont pu être endommagées. La nécropole du Martinet, quant à elle, a livré quelques structures de pierres : en forme de demi-cercle, elles n’entourent pas que les sépultures, mais circonscrivent également des fosses remplies de charbons.

Notre compréhension de ces entourages de pierre et de leur relation avec les tombes et les fosses est très limitée. Leur mauvaise conservation rend plus difficile le travail à ce sujet. Même si ces structures ne sont pas toujours bien conservées, il est assez facile de les rapprocher de celles rencontrées dans d’autres nécropoles de tombes en fosses (exemple de la nécropole de Laglorieuse –Landes- en cours de publication)[8].

La nécropole du Truc du Bourdiou a livré des structures en pierres complètement différentes. Il semble que la structure la plus commune consiste en une enceinte de pierre, véritable petit muret, regroupant des sépultures mais également des fosses. On remarque, de plus, que certaines fosses sont plus anciennes et sont situées sous les murets. L’entrée de ces enceintes est marquée par des bornes de pierres.

  1. Pratiques Funéraires

a) La crémation et le bûcher funéraire.

Nos connaissances sur le sujet sont peu développées. Les traces du bûcher funéraire sont surtout visibles dans les nécropoles tumulaires : on découvre généralement au sein de la masse tumulaire une ou plusieurs zones charbonneuses épaisse de quelques centimètres (figure 3). Pour ce qui est des nécropoles implantées sur des terrains argileux, on constate l’existence d’une plaque de terre cuite que B. Peyneau interprétait comme des sols d’habitations. Ce dernier a également découvert des poutres et des essences de bois carbonisées dans certaines structures tumulaires. Nous ne sommes pas en mesure de donner des informations sur les bûchers relatifs aux nécropoles de tombes en fosses, les données étant trop partielles pour se risquer à  en tirer des conclusions. Toutefois, il est probable que certaines des fosses à charbon découvertes à proximité des tombes aient eu à tenir ce rôle. Les découvertes à venir viendront peut-être nous éclairer sur le sujet.

En ce qui concerne la crémation propre, nous ne pouvons trop nous prononcer, aucune étude anthropologique n’ayant été menée sur le sujet. Toutefois, les esquilles osseuses retrouvées dans les urnes nous amènent à penser que les ossements ont subi un traitement thermique (jet d’eau sur le bûcher par exemple) ou mécanique après crémation : en effet, une crémation n’amène pas à l’éclatement des ossements (excepté le crâne).

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Figure 3 : utilisation d’un tumulus

b) dépôt du mobilier funéraire

Dans la tombe, les éléments céramiques peuvent s’organiser de diverses manières. Voilà les cas les plus fréquents :

– urne et couvercle : 71 cas sur 119 (cas où le mobilier est connu en intégralité)

– une urne et un vase accessoires : 9 cas sur 119

– urne, couvercle, vase accessoire : 35 cas sur 119

Généralement, l’urne cinéraire, recouverte par un plat tronconique renversé[9], contient (en plus des ossements) le vase accessoire. Cependant, dans les tombes dites « doubles », on remarque que le vase accessoire est placé entre les deux urnes composant la sépulture. A l’heure actuelle, les vases accessoires extérieurs à l’urne cinéraire correspondent toujours à ce type de tombe. La sépulture du tumulus O de la nécropole des Gaillards présente une configuration unique : le vase accessoire se situait en effet entre les deux couvercles, posés en sens inverse l’un sur l’autre.

Le mobilier métallique, quant à lui, peut être déposé en divers endroits. On peut le trouver dans l’urne cinéraire, sur le fond du couvercle et, dans le cas des sépultures « doubles », entre les deux urnes. Il nous est impossible de savoir si le dépôt de ce mobilier correspondait à des règles précises, notamment au sujet de sa disposition. De nouvelles fouilles pourraient peut-être nous apporter un complément d’information.

Il est également intéressant de remarquer de B. Peyneau insiste dans son ouvrage sur la découverte de silex dans les tombes. Il affirme que s’il avait été plus attentif, il en aurait sûrement trouvé bien plus. En replaçant cette remarque dans le contexte archéologique de l’époque, on remarque que de nombreuses publications de la première moitié du 20ème siècle font référence à ces silex, que l’on retrouve à la fois dans les nécropoles tumulaires et dans les nécropoles de tombes en fosses.

c) Conclusion : des structures funéraires plurielles

Les deux types de structures funéraires rencontrées s’organisent autour du rituel de l’incinération. Toutefois, les pratiques funéraires diffèrent très légèrement d’un type à l’autre.

– La première différence réside dans le lieu de crémation. En effet, dans les nécropoles tumulaires, la surface du tumulus est creusée et le bûcher funéraire a lieu à cet endroit, le plus souvent sur le côté ouest du tertre. Nous n’avons pas pu identifier de zones de crémation dans les nécropoles de tombes plates, mais cela peut être dû à notre incapacité à les identifier correctement et avec certitude.

– La seconde différence réside dans l’absence de véritable fosse funéraire dans le tumulus. En effet, dans les nécropoles de tombes plates, le mobilier est déposé dans une fosse. D’après B. Peyneau, les tumulus ne semblent pas présenter de structures fossoyées accueillant les restes du défunt. Par contre, une calotte de cendres et de poussières est souvent jetée sur le mobilier funéraire et finit par créer un amas compact. Dans les nécropoles de tombes plates, des cendres semblent parfois être mêlées au remplissage, mais pas dans de telles proportions.

– Les nécropoles de tombes plates pourraient correspondre à deux types : le premier, le plus fréquent, livre des structures de pierres régulières, en demi-cercle, alors que dans le cas de la nécropole du Truc du Bourdiou, les structures sont irrégulières et leur entrée semble être marquée par des bornes.

– Les tumulus livrent des structures regroupant plusieurs sépultures. En général, les tombes secondaires sont placées dans la masse du tertre et non à la base, de part et d’autre de la sépulture centrale. Les tumulus les plus tardifs ne sont pas configurés de la même manière : en effet, toutes les tombes se trouvent à la base. Cela nous empêche en partie de connaître la succession chronologique des sépultures par l’absence de stratigraphie du tertre, bien que la sépulture centrale soit considérée comme la première.

  1. CHRONOLOGIE DES ENSEMBLES FUNERAIRES

a) définition de la chronologie : méthode de travail.

Ce travail sur les nécropoles de la région d’Arcachon, s’il a en partie consisté en une exploitation bibliographique des données, a aussi consisté en une nouvelle étude du mobilier, dont la majeure partie est toujours conservée au Musée Océanographique et Archéologique d’Arcachon. Une moindre partie de ce mobilier est exposée au Musée d’Aquitaine. En premier lieu, il a été nécessaire d’établir une base de données présentant chaque structure. Les fiches de cette base de donnée concernent des aspects de plus en plus précis de l’étude : on s’intéresse à la nécropole, aux structures tumulaires si tumulus il y a, à la sépulture, au mobilier céramique et pour finir au mobilier métallique. Cela permet à l’archéologue une exploitation des données rapide et efficace.

Dessin et analyse du mobilier archéologique

Le mobilier issu des fouilles a de nouveau été étudié précisément : les mesures des vases ont été prises, les dessins jugés insatisfaisants ont été refaits. L’étude de la céramique se concentre sur divers aspects de cette dernière : il ne suffit pas la dessiner, mais aussi d’examiner la pâte, de déterminer le mode de cuisson et parfois, grâce aux marques laissées par le potier, de comprendre les gestes de production. Des fiches raisonnées (figure 4) avaient été préalablement établies afin de perdre le moins de temps possible. L’étude de ces données précises n’aboutit pas toujours à des conclusions satisfaisantes, mais l’archéologue ne travaille pas que pour lui : il est possible que ces données servent à un autre chercheur, aujourd’hui ou dans quelques années, alors que les collections archéologiques subissent souvent des aléas imprévisibles (problèmes de conservation, déplacement du mobilier… qui amène parfois à la perte d’objets).

Tous les objets ont été dessinés à l’échelle 1, sur place, dans les musées, qui n’ont pas vu d’inconvénient à m’accueillir pendant l’année. Le dessin archéologique permet d’appréhender les céramique de manière globale : sur le dessin est présenté un profil du vase et l’épaisseur de ce dernier (l’épaisseur varie souvent entre le col, la panse…). L’autre moitié du dessin permet de présenter l’aspect extérieur de la céramique et le décor lorsque décor il y a. Certains dessins présentent même, grâce à ce que l’on appelle le dessin au point, le volume de la céramique : cette dernière est placée selon un certain angle sous la lumière et l’archéologue représente par une plus grande fréquence de points les parties ombrées. Cela permet une meilleure appréhension de la céramique mais implique un temps de travail important.

Le dessin métallique présente quant à lui les divers profils de l’objet : face, profil, dos selon le type d’objet. Tous ces dessins ont ensuite été repris sur un logiciel de dessin informatique.

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Figure 4 : fiche pré-établie pour l’étude du mobilier céramique

La typologie

Les données métriques relevées sur les vases sont d’un grand intérêt pour le type de travail qui nous concerne. En effet, l’archéologue doit réaliser une typologie de ces vases. Il s’agit de déterminer selon des critères plus ou moins précis (variables d’une étude archéologique à l’autre car il n’existe pas une seule méthode typologique) des classes homogènes de céramiques. Les vases ainsi classés forment des ensembles que l’on considère comme appartenant à la même phase chronologique[10]. Ces vases sont classés selon leur forme générale (figure 5) mais  il est généralement nécessaire de procéder à des calculs simples qui nous permettent d’obtenir des « indices », caractéristiques d’un élément du vase : par exemple, pour calculer l’indice du pied, on divise la hauteur par le diamètre de ce dernier. Chaque élément du vase, qu’il s’agisse de ces indices ou de critères généraux visuels est donc caractérisé (il est important de savoir que ces vases sont montés sans l’aide du tour et ne peuvent donc pas être réguliers : il faut donc utiliser les indices avec parcimonie et pour des éléments de petite taille comme les pieds ou les cols). Au final, on obtient une classification raisonnée des vases (figures 6a, 6b et 6c pour la typologie des grands vases fermés).

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Figure 5 : méthode typologique employée

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Figure 6a : typologie des grands vases fermés (1/3)

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Figure 6b : typologie des grands vases fermés (2/3)

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Figure 6c : typologie des grands vases fermés (3/3)

 

La sériation

La typologie n’est pas un objectif en soi. Comme nous l’avons dit, on considère que des formes identiques correspondent à la même phase chronologique. Précisons toutefois que certaines formes sont utilisées durant de longues périodes et ne sont donc pas considérées comme de bons indicateurs chronologiques. L’archéologue choisit certains critères qu’il considère comme éventuellement typiques d’une phase : il peut s’agir d’une forme céramique mais aussi de la présence/absence de certains objets ; il peut même s’agir d’une seule caractéristique appartenant à un vase. On peut par exemple prendre pour critère les vases accessoires à col haut sans prendre en compte la forme de la panse : en effet, on ne peut affirmer qu’une seule forme céramique existe par phase chronologique.

Après ce choix de critère, l’archéologue réalise un tableau présentant en abscisse les sépultures complètes[11] et en ordonnées les critères qu’il a choisi (figure 7). Il coche ensuite les cases qui correspondent aux critères de chaque sépulture. Il tente ensuite de réaliser, en déplaçant les lignes et les colonnes, de mettre en place une diagonale constituée des cases noircies. Il est possible d’obtenir une diagonale de qualité lorsque les critères choisis sont vraiment de bons indicateurs chronologiques.

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Figure 7 : sériation des sépultures retenues

Pour autant, la diagonale n’est pas parfaite : on remarque que se détachent plusieurs groupes, qui correspondent en fait aux différentes phases chronologiques : grâce à ce tableau, l’archéologue peut savoir quelles sépultures correspondent à quelle phase chronologique et connaître ainsi le mobilier caractéristiques de chaque phase. Pour les sépultures qu’il n’aurait pu prendre en compte, il est souvent possible de déduire la phase chronologique qui correspond simplement par la présence de certains des critères choisis.

b) Les trois phases d’occupation des nécropoles

La sériation a permis de définir trois phases d’occupation des nécropoles (figure 8), chaque phase correspond à une évolution du mobilier archéologique. Malgré de nombreuses tentatives de mise en relation de cette chronologie avec les différentes structures funéraires, peu d’informations ont pu être apportées.

PHASE 1 : 800-650 avant J.-C.

La phase 1, la plus ancienne, est caractérisée par la présence d’une urne cinéraire à panse globulaire, à pied annelée et à grand col évasé. Cette dernière est généralement recouverte d’un plat-couvercle présentant des cannelures internes. Cependant, un autre type d’urne cohabite avec le plat-couvercle à cannelure : il s’agit d’un vase élancé présentant une légère carène sur le haut de la panse.

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Figure 8 : les trois phases d’occupation des nécropoles

 Il est difficile de se prononcer sur la contemporanéité de ces deux types de vases, le type à carène n’ayant jamais été trouvé au côté d’un vase accessoire qui nous aurait peut-être donné plus d’indications. Cependant, la forme générale de l’urne rappelle celles que l’on trouve durant la seconde phase d’occupation et pourraient hypothétiquement correspondre à une phase de transition. Le troisième type d’urne que l’on rencontre est beaucoup plus ouvert mais est aussi associé au plat-couvercle à cannelures. De plus, des exemplaires similaires datés du début du Premier Age du Fer ont été découverts en Lot-et-Garonne.

Le décor des céramiques est généralement composé de cannelures horizontales, parfois accompagnées d’éléments verticaux : cannelures ou impressions à la cordelette.

Le métal est très rare : on note simplement l’existence d’une épingle en bronze de type pyrénéen, datée du début du Premier Age du Fer, et d’anneaux de bronze dont la fonction n’est pas définie.

Pour finir, on remarque la majorité de ces tombes est à rattacher aux nécropoles de tombes en fosse.

PHASE 2 : 650-520 avant J.-C.

La seconde phase est caractérisée par l’utilisation d’urnes de grande taille, au profil élancé. Les couvercles sont rares. Les sépultures de cette phase sont présentes dans les nécropoles de tombes plates mais aussi dans les nécropoles tumulaires, bien qu’en moins grand nombre. Les décors, peu fréquents, sont généralement composés de cannelures et de cupules. On remarque la présence d’un mobilier métallique relatif à la parure : parure vestimentaire (fibules) et parure annulaire (bracelets et torques). Un exemplaire de plaque de ceinturon a également été découvert. Les sépultures ayant livré du mobilier métallique appartiennent toutes aux nécropoles tumulaires. On peut donc se poser la question du statut social  des défunts par rapport à un éventuel choix correspondant au type de nécropole. Cependant, nous ne possédons pas assez de sépultures pour nous prononcer sur ce sujet.

PHASE 3 : 540-420 avant J.-C.

Cette phase, bien que n’étant représentée que par un nombre restreint de sépultures est la phase la plus riche au niveau du mobilier. On voit apparaître des formes céramiques caractéristiques du secteur, au décor travaillé. Deux types semblent coexister : des céramiques possédant un fond à cupule et des urnes présentant un pied élevé. Les autres céramiques ont pu être associée à cette phase grâce à la datation précise du mobilier métallique ou par leur décor complexe et parfois similaire à celui découvert sur les urnes précédemment mentionnées.

Le mobilier métallique est quant à lui important : on note l’apparition de sépultures à vocation guerrière, caractérisée par la présence d’armes (éléments de lances, épées à antennes, couteaux). Les éléments de parure sont également présents : on trouve notamment des fibules à ressort très allongé qui existent partout en Aquitaine.

On remarque pour terminer que contrairement aux phases précédentes, les sépultures de cette période sont plus fréquentes dans les tumulus.

On peut donc imaginer une certaine évolution des pratiques funéraires durant le Premier Age du Fer. L’évolution sur les deux premières phases est difficilement perceptible, le corpus étudié ne regroupant qu’une centaine de sépultures et une partie de ce dernier n’ayant pu être étudié. La dernière phase montre pourtant un changement important : les armes en métal apparaissent dans les tombes et montrent ainsi le prestige d’une classe guerrière qui se fait alors enterrer sous tumulus.

VI Conclusion

Cette nouvelle étude des nécropoles de la région d’Arcachon a amené à reprendre une chronologie ancienne largement dépassée et à exploiter de manière plus poussée les travaux du Docteur B. Peyneau. Ainsi, les pratiques et les structures funéraires ont pu être un peu mieux appréhendées.

Toutefois, cette étude ne peut s’arrêter là. De nombreux points de comparaison avec le reste de l’Aquitaine et même avec le nord de l’Espagne ont été mis en évidence. Là encore, les anciennes publications devront être reprises, mais le travail qui a déjà été fait sur certains de ces textes a amené à d’intéressantes conclusions. On ne peut maintenant que souhaiter que de nouvelles fouilles archéologiques viennent étayer ces hypothèses, qui restent malgré tout encore quelque peu fragiles.

REPERES BIBLIOGRAPHIQUES

DAUTANT (A.), JACQUES (P.), LESCA-SEIGNE (A.), SEIGNE (J.) :

1985 : « occupation protohistorique du littoral », in Bulletin de la SHAA, 43, Arcachon, 1985, p.17-29.

DAUTANT (A.), LESCA-SEIGNE (A.), SEIGNE (J.) :

1984 : « Sépulture à incinération d’un couple à Biganos (Gironde) », in GOMEZ DE SOTO (dir.) : Aspects des Ages du Fer en Centre-Ouest, livret-guide de l’exposition au musée d’Angoulême, 15 avril-15 juin 1984, Angoulême, 1984.

GIRAUD (J.-P.) :

1994 : « Les sépultures en plaine de l’Aquitaine : tumulus et tombes plates », Aquitania, 12, p.125-137.

MOHEN (J.-P.) :

1972 : « Rapport entre les habitats et les nécropoles du Premier Age du Fer en Gironde », in Actes du 1er colloque archéologique de la 4ème section de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, Paris, 1972, Paris 1975, p.32-36.

1980 : L’Age du Fer en Aquitaine, du VIIIe au IIIe siècle avant J.-C., MSPF, 14, Paris, 1980.

MOHEN (J.-P.), COFFYN (A.) :

1970 : Les nécropoles hallstattiennes du bassin d’Arcachon, vol. XI, Bibliotheca Praehistorica Hispana, Madrid, 1970.

PEYNEAU (B.) :

                1926 (a) : Découvertes archéologiques dans le pays de Buch, Tome 1 : depuis l’âge de la pierre jusqu’à la conquête romaine, Bordeaux, 1926.

1926 (b) : Découvertes archéologiques dans le pays de Buch, Tome 2 : depuis la conquête romaine jusqu’à nos jours, Bordeaux, 1926.

ROUSSOT-LARROQUE (J.) :

1994 : « L’Age du Fer en Aquitaine littorale, hommes et milieux naturels », Aquitania, 12, 1994, p.13-25.

Notes :

[1] Peyneau (B.), 1926 (a), p.63.

[2] Rapports SRA Aquitaine.

[3] Les Gaillards, tumulus U.

[4] Documentation SRA Aquitaine.

[5] Certaines sépultures sous tumulus des Landes et des Pyrénées sont surmontées de plusieurs galets qui pourraient être interprétés comme des galets de calage. On peut imaginer un système de signalisation en matériau périssable.

[6] Documentation SRA Aquitaine.

[7] Ustrina : fosse crématoire. Interprétation qui était généralement fournie pour expliquer ces structures.

[8] Informations aimablement fournies par J.-C. Merlet.

[9] Nous avons déjà évoqué le problème des plats tronconiques brisés dans les urnes et de notre impossibilité à savoir dans quel sens ils étaient posés.

[10] Attention à la distinction qui doit être faite entre la notion de phase chronologique et de contemporanéité : des vases appartenant à la même phase chronologique ne sont par forcément contemporains. Une phase chronologique peut recouvrir plus d’un siècle : c’est le cas pour certaines phases de la région d’Arcachon.

[11] il est fréquent, lorsque l’on étudie du mobilier issu des fouilles anciennes, que ce dernier ait disparu alors que les publications de références ne donnent pas d’informations assez précises sur l’objet en question. Dans ce cas, la sépulture n’est pas prise en compte.

Paru initialement dans le bulletin de la Société Historique et Archéologique d’Arcachon en 2006. Merci à l’auteur de l’article de nous avoir permis de le publier sur ce blog.

Les sépultures du Premier Age du Fer autour du bassin d’Arcachon et de la basse vallée de la Leyre (800-420 avant J.-C.), par Marie BILBAO – Première Partie

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Ce travail de recherche sur les sépultures du Premier Age du Fer de la basse vallée de la Leyre a été réalisé dans le cadre d’une maîtrise (année 2004-2005) soutenue  à l’université Michel de Montaigne (Bordeaux 3). Ce sujet, réalisé sous la direction d’A. Colin, a été choisi en relation avec la recherche actuelle : de nouveaux travaux sur le Premier Age du Fer sont en cours ou ont été réalisés récemment[1]. Il a donc été jugé nécessaire de réactualiser la synthèse sur ces sépultures mais aussi de reprendre les données anciennes qui jusque là n’avaient pas été exploitées à leur juste valeur.

Introduction

La région d’Arcachon a livré un nombre important d’ensembles funéraires datés du Premier Age du Fer. Ces nécropoles sont classées en deux types distincts (figure 1) :

les nécropoles tumulaires : une ou plusieurs sépultures sont installées sous un tumulus de terre.

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Figure 1 : Carte de répartition des sites funéraire du Premier Age du Fer de la basse vallée de la Leyre

les nécropoles de tombes en fosses (appelées aussi nécropoles de tombes plates) : le mobilier funéraire et les restes incinérés sont placés dans une fosse, creusée à même le sol. Aucun système de signalisation (comme les tumulus) n’est visible aujourd’hui mais l’on note la présence répétée de structures d’entourage en pierre ou en garluche, formant soit un demi-cercle soit un véritable petit enclos. Ces dernières sont toutefois mal appréhendées.

L’objectif de cet article est de présenter aux lecteurs à la fois les structures rencontrées, et ce de manière précise, mais aussi d’expliquer la méthode de travail utilisée, afin que ces derniers se familiarisent avec le travail qui incombe aux archéologues.

I – Environnement

Avant de se lancer dans la description des sites archéologiques étudiés, il est nécessaire de replacer ces nécropoles protohistoriques dans leur contexte environnemental, ce dernier étant indissociable de la réflexion archéologique.

  1. CONTEXTE GEOGRAPHIQUE ET SITES ARCHEOLOGIQUES

La reconstitution des paysages anciens est de première importance. On a pendant longtemps omis de prendre en considération les variations du paysage dans les études archéologique, ce qui a parfois amené à de mauvaises interprétations des données. Certaines régions peuvent être considérées comme relativement stables au niveau de leur environnement, mais notre région n’entre pas dans ce cadre. Elle subit en effet des changements extrêmement rapides, changements qui ont affecté bien évidemment l’implantation des hommes sur ce territoire. On ne peut pour illustrer ce fait que citer l’exemple des trois occupations successives du lac de Sanguinet, chaque occupation correspondant à l’élévation du niveau de l’eau[2].

Divers facteurs doivent être pris en considération lorsque l’on étudie la zone du bassin d’Arcachon :

  • la présence d’un cordon dunaire
  • les niveaux d’épandage sableux
  • les variations du niveau marin
  • l’évolution du trait de côte

a) Epandages sableux et dunes littorales.

La côte littorale girondine est caractérisée par un cordon dunaire important qui s’avance à l’intérieur des terres. La dune la plus célèbre est sans nul doute celle du Pilat, qui est la plus importante d’Europe et mesure entre 100 et 110 mètres de haut.

Il était jusque là communément admis que les dunes s’étaient mises en place aux époques préhistoriques. Cependant, en 2003[3], une étude a démontré que ces dernières étaient bien plus récentes et pouvaient être datées des périodes historiques. S’appuyant sur une méthode physique basée sur la luminescence (IRSL : « Infrared Stimulated Luminescence » ou luminescence infrarouge stimulée), les chercheurs ont défini deux générations de dunes.

La première génération s’est mise en place sur les sols gallo-romains durant le Haut Moyen-Age : ces dunes paraboliques ont envahi les zones côtières entre 500 et 1000 de notre ère. Peu visibles, on ne les remarque que sur les contreforts internes du cordon dunaire, notamment à l’ouest des étangs de Carcans et de Sanguinet. Elles correspondent au paléosol 3 de la dune du Pilat. Après l’an 1000, elles ont été recouvertes naturellement par les forêts (Moyen-Age « classique »).

A partir de 1450, au début du Petit Age Glaciaire, une deuxième génération de dunes, dites modernes, s’est mise en place et a recouvert et remanié celles de la génération précédente. Elles ont été fixées définitivement lors de l’implantation de la forêt de pins maritimes. Ces dunes sont connues pour avoir envahi villages (Cap de Buch, Lège, Mimizan) et cultures. De cette époque date la dune de la Grave, qui depuis s’est remise à bouger et a formé l’actuelle dune du Pilat.

Ces nouveaux résultats, contredisant les acquis précédents, posent la question de la présence ou non de dunes à l’époque qui nous intéresse.

Les études géologiques ont montré que l’époque protohistorique a connu des épandages éoliens, qui sont visibles également à Sanguinet, dans le Médoc mais aussi à la dune du Pilat. Les plus anciens se sont produits entre 2000 et 1000 avant J.-C. Il semble y avoir eu une alternance de périodes éoliennes et de périodes de développement de la végétation.

Une seconde étape d’épandage a eu lieu entre 750 et 200 avant J.-C. et concerne la période qui nous intéresse. Cette couche très modeste est peu visible au Pilat et n’a pas été trouvée dans le Médoc.

Pour autant, et malgré ce que l’on sait, on ne peut se permettre d’affirmer catégoriquement l’absence de dunes à ces périodes. Il est possible qu’elles aient disparu suite à l’érosion ou par la mise en place des générations de dunes postérieures. Il est toutefois plausible que le climat de l’époque ait empêché leur création.

b) Variation du niveau marin et évolution du trait de côte

L’évolution du niveau marin est un paramètre important dans la définition des paysages anciens, bien qu’il soit difficile de l’appréhender. Les schémas d’évolution qui sont généralement présentés sont linéaires mais il faut avoir conscience que chaque région a dû subir des micro-variations que nous ne sommes pas encore en mesure de détecter.

A l’heure actuelle, on sait seulement que le niveau marin est passé de -120 mètres à -12 mètres entre 18000 B.P.[4] et 6000 B.P. Par contre, il est maintenant admis que le trait de côte actuel est récent puisqu’il date du Petit Age Glaciaire » (1450 à 1850 environ). Les périodes antérieures ne devaient pas présenter un trait de côte aussi rectiligne. On peut imaginer un paysage tel que celui de la Charente maritime, au niveau des marais poitevins et du marais de Rochefort, c’est-à-dire beaucoup plus découpé, mais là encore il ne s’agit que d’hypothèses[5].

En revanche, pour la période qui nous concerne, nous ne sommes pas en mesure de savoir où se situait le rivage. On peut imaginer un trait de côte plus à l’ouest. Au fil du temps, l’érosion et la remontée du niveau marin auraient fait reculer la côte jusqu’à sa situation actuelle. Même en croisant ces données avec l’archéologie, notamment la découverte de sites à sel, il reste difficile d’appréhender le rivage ancien. La dune du Pilat a par exemple livré un niveau archéologique du Premier Age du Fer  contenant des augets, typiques de la production de sel. Il ne faut pas pour autant en déduire la proximité immédiate du bord de mer, les sites à sel pouvant être situés dans des zones marécageuses recevant l’influence de la marée[6].

Pendant longtemps, les reconstitutions de l’évolution du bassin ont été erronées puisque présentant une côte absolument rectiligne correspondant au littoral actuel. Malgré cette rectification, il nous est encore impossible de proposer une reconstitution de l’évolution du littoral aquitain pour la période qui nous intéresse.

c) Quelques données sur le couvert végétal

Dans les années 1990, L. Marambat[7] a effectué de nombreux prélèvements palynologiques en Gironde et a ainsi tenté de comprendre l’évolution du paysage végétal depuis la protohistoire.

Jusqu’au début de l’Age du Bronze, vers 1.600 avant J.-C., la chênaie mixte (chêne, orme, tilleul) est le groupe végétal dominant autour du bassin d’Arcachon. Elle se développe également sur les bords de la Leyre et autour de l’estuaire. C’est à cette époque que l’on remarque les premiers signes de dégradation du couvert forestier. Cette dégradation est caractérisée par un net recul du chêne. Au même moment apparaissent des espèces spécifiques de l’appauvrissement des sols : noisetier, bouleau. Les spectres polliniques mettent en évidence la présence de plantes rudérales[8] et de céréales, témoins d’une activité anthropique.

L’implantation humaine à l’Age du Bronze est plus importante qu’à la période Néolithique. La dégradation du couvert forestier est très marquée : on note une alternance d’espèces pionnières, comme le bouleau et le noisetier, et d’essences forestières (chêne). Cela « indique une suite de défrichements et de phases de reforestation, s’achevant sur le système des landes régressives à bruyère. »[9]  L’Age du Fer n’est pas représenté dans les spectres polliniques : les raisons ne sont pas clairement définies mais il peut s’agir d’un simple manque de prélèvements.

La mise en place de la Lande à bruyère date donc de l’âge du Bronze. Il semble que les populations des âges du Fer n’aient pas connu la chênaie mixte originelle.

  1. APPROCHE PHYSIQUE DU MILIEU

Le bassin d’Arcachon, situé administrativement dans le département de la Gironde, est géomorphologiquement identique à celui que l’on trouve dans les Landes[10]. C’est une zone où l’on rencontre divers éléments géologiques caractéristiques : tout d’abord, le sable, puis l’alios, la garluche et pour finir le fer des marais.

a) le sable landais

Il existe deux types de sables dans les Landes.

Le premier est le sable littoral, d’origine éolienne et de couleur claire. Il a été mis en place au Quaternaire par de forts vents d’ouest et recouvrit le plateau landais dans son intégralité. Il est aussi à l’origine des dunes continentales.

Le sable noir, quant à lui, est d’origine podzolique. Le podzol est une roche siliceuse couverte d’une végétation acidifiante. Sa couleur foncée provient de l’humus brut fourni par les feuilles et les tiges en décomposition.

b) L’alios (figure 2)

L’alios est « un agrégat de sable et de composés humo-ferriques  plus ou moins consolidés. »[11]  Il est composé à 96% de sable quartzeux et à 4% de composés humo-ferriques.

Selon H. Enjalbert, on peut distinguer[12] :

– l’alios humique : 0,1%  à  0,8%

– l’alios ferrugineux : 1%  à  4,6%

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Figure 2 : situation géologique de l’alios.

Il s’avère que l’alios est un composé podzolique au pH acide (entre 4 et 5), composé d’un taux important de carbone et d’un taux d’hydroxyde de fer le plus souvent inférieur à 1%, sauf exception.

En général, l’alios fait 40 à 60 centimètres d’épaisseur mais il peut parfois atteindre 1,20 mètre. Il se rencontre d’ordinaire sous 30 ou 40 centimètres de sable noir mais peut aussi bien affleurer ou ne se rencontrer qu’à 1,20 mètres de profondeur.

Le lessivage des sols podzoliques permet sa formation : les composés argileux et ferriques vont se fixer avec l’humus brut plus bas que l’horizon composé de sable noir. C’est également pourquoi une couche de sable blanc se rencontre entre le sable noir et l’alios. L’humus ayant migré, il reprend sa couleur d’origine.

c) La garluche

La garluche est un grès ferrugineux riche en fer, autrefois considérée comme appartenant à la famille des alios.  Elle est intimement liée à la nappe phréatique et se rencontre le long des cours d’eau se jetant dans la Leyre. Elle est composée de grains de quartz (environ 80%) cimentés par des oxy-hydroxydes de fer Fe2O3 (entre 18% et 21%) de couleur rouille.

Sa formation daterait de la période Boréale, soit aux alentours de 7.000-6.500 avant J.-C.

d) Le fer des marais

D’après N. Gourdon-Platel[13], l’existence du fer des marais est attestée mais il n’a jamais été retrouvé en place géologiquement. Il semble qu’il se soit formé dans des dépressions marécageuses à proximité des lacs landais mais là encore, les précautions de rigueur sont à prendre quant à cette hypothèse. Un seul échantillon a été étudié jusqu’à présent : le carbone 14 (14C) a été utilisé pour dater les éléments organiques  contenu dans la masse ferrique. Le résultat obtenu est le suivant : 2574-2294 avant J.-C. (âge calibré).

Le fer des marais est composé de granules de fer alors que les grains de quartz, présents dans la garluche à 80%, sont en très faible quantité. Son taux en fer est très important : il est de l’ordre de 82%.

Le fer des marais a été exploité dès le Deuxième Age du Fer dans la région, comme l’atteste le nombre important de scories trouvées sur le site de l’Estey du Large sous les eaux du lac de Sanguinet. Le fanum du site de Losa (1er-4ème siècle), également sous les eaux du lac a été édifié dans ce matériau : sa construction aurait nécessité 30 tonnes de ce minerai[14].

  1. LE RESEAU HYDROGRAPHIQUE DE LA LEYRE

La question du drainage de la lande a longtemps interrogé. D’après les sérieuses études menées par H. Enjalbert dans les années 1960[15], et contrairement à ce que l’on pensait jusqu’alors, le débit de la Leyre et des cours d’eau landais ainsi que la déclinaison du terrain n’est pas un frein au drainage. D’autres hypothèses concernant l’imperméabilité du terrain (qu’il s’agisse d’alios ou d’argile) ont aussi été remises en question, car il n’existe pas un horizon unique dans le sous-sol landais.

Le mauvais drainage de la lande est en réalité dû à l’insuffisance du réseau hydrographique. Ce dernier est trop jeune et ne possède pas assez de ramifications. « Si la lande est mal drainée, c’est peut-être parce qu’elle est en marge des grandes rivières du Bassin aquitain »[16]. Les Landes s’étendent entre la Garonne au nord et l’Adour au sud. Seule la Leyre y prend sa source et se jette dans le bassin d’Arcachon.

  1. Enjalbert a également démontré que les interfluves possédaient trois zones bien distinctes (figure 3) avant les travaux d’assainissement du 19ème siècle :

– La première (A) se situe sur les abords des cours d’eau. C’est une zone bien drainée qui évacue rapidement les eaux hivernales mais qui devient très sèche en été. En effet, au printemps, les eaux retenues par le sol remontent rapidement vers la surface. Cette zone n’est absolument pas propice à la culture.

– La seconde zone (B) subit un drainage imparfait. Elle peut être inondée l’hiver pendant de très courtes périodes. En été, elle ne s’assèche pas. C’est dans cette zone que la mise en culture est la plus judicieuse. C’est aussi là que l’on trouve les implantations humaines.

– La troisième zone (C) est très mal drainée, c’est la Haute-Lande. Elle est inondée l’hiver, parfois jusqu’à avril ou mai.

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Figure 3 : les zones de drainages de la Leyre, d’après H. Enjalbert.

  1. Conclusion

Voici pour finir un rappel des points les plus importants de cette étude :

– Le bassin d’Arcachon et sa région environnante ont beaucoup évolué : ces changements ont pu influencer l’installation des populations.

– Ces changements ont affecté la représentativité des sites : nombreux sont ceux engloutis sous le sable ou les eaux (exemples du Pilat et de Sanguinet).

– L’étude du réseau de drainage des Landes a permis de donner un aspect pratique à l’implantation des nécropoles : ces dernières sont situées dans une zone qui ne subit aucune inondation mais qui est trop sèche pour favoriser les implantations humaines.

 

II – Historiographie

Les premiers travaux archéologiques sur les ensembles funéraires de la basse vallée de la Leyre sont anciens. Les découvertes sont généralement liées au développement de la voirie. En 1829, F.-V. Jouannet décrit succinctement une découverte importante qui aurait eu lieu sur le tracé de la route nationale franchissant la Leyre au niveau de Lamothe-Biganos[17]. Malheureusement, les informations qu’il nous livre sont imprécises et ne nous permettent absolument pas d’appréhender le site en question. Malgré cela, la description du mobilier retrouvé nous amène à nous poser des questions quant à la datation du site : si les nécropoles tumulaires du secteur sont datées du Premier Age du Fer, on ne peut exclure une utilisation plus tardive, de l’époque gallo-romaine[18].

Un peu plus tard, au début du 20ème siècle, le docteur B. Peyneau, qui est aussi le maire de la commune de Mios, entreprend la fouille d’un nombre considérable de sites archéologiques en Pays de Buch. Entre 1913 et 1917, ses recherches se portent surtout sur les ensembles funéraires du Premier Age du Fer. La qualité de son travail est inégale mais on ne peut critiquer son étude des structures funéraires, plus ou moins précise mais tout de même d’une grande qualité. Quoi qu’il en soit, il publia à la suite de ses travaux « Découvertes archéologiques en Pays de Buch »[19], qui reste l’ouvrage de référence pour l’étude de la région. Son travail sur les structures funéraires est précis comparé à ce que l’on trouve généralement à l’époque. Il décrit chaque structure en donnant les dimensions et même le type de terrain sur lequel elle est implantée.

Il faut ensuite attendre les années 1970 pour que le mobilier archéologique issu des fouilles de B. Peyneau soit de nouveau étudié. La majorité du mobilier, conservé au Musée Océanographique et Archéologique d’Arcachon, a en effet été réétudié par A. Coffyn et J.-P. Mohen. Ce travail aboutit à la publication de l’ouvrage : « Les nécropoles hallstattiennes de la région d’Arcachon »[20]. Pour autant, l’exploitation du texte originel de B.Peyneau n’est que partielle. La confrontation avec les ensembles funéraires situés aux alentours n’est également que peu poussée.

En 1980, J.-P. Mohen publie une thèse intitulée « L’Age du Fer en Aquitaine », travail qui reprend en partie son étude sur les sites de la basse vallée de la Leyre. Il s’agit d’une des premières synthèses régionales concernant le Premier Age du Fer. Un catalogue des sites est présenté, ainsi que le mobilier, qui est à la fois décrit et présenté. On assiste aussi à une tentative de classification des céramiques et du mobilier métallique qui conduit à l’élaboration d’une chronologie qui commence juste à être remise en cause par de nouveaux travaux de recherche, concernant notamment le mobilier métallique.

Une nouvelle étude s’est révélée nécessaire afin de prendre en compte de nouvelles découvertes archéologiques, datées des années 1970 et 1980. L’expansion urbaine amena à mettre au jour de nouvelles nécropoles de tombes en fosses, qui sont invisibles dans le paysage actuel et qui ne peuvent être découvertes que grâce aux travaux urbains. La fouille la plus récente concerne la nécropole du Martinet (commune de Salles) dont les dernières fouilles sont datées de 2002.

III – Les sites archéologiques

Voici une brève présentation des sites archéologiques pris en compte dans ce sujet de maîtrise :

Nom du site : Certes

Commune : Audenge

Type : tumulus isolé

Description : Découvert en 1931, nous n’avons que peu d’informations sur ce tumulus. Le mobilier a été donné à B. Peyneau par la suite. Le tumulus est situé sur la rive droite de la Leyre, à cent mètres du ruisseau de Certes. Il semble qu’il ne contenait qu’une sépulture.

 

Nom du site : Bos de Caubet

Commune : Biganos

Type : nécropole tumulaire

Description : Cette nécropole a été intégralement fouillée par B. Peyneau. Elle est installée sur la rive droite de la Leyre, sur les bords du ruisseau de la Mole et sur un terrain argileux dépourvu d’alios. Les trois tumulus qui la composent n’abritaient qu’une sépulture chacun.

 

Nom du site : Lamothe

Commune : Biganos

Type : nécropole tumulaire

Description : Les tumulus ont été détruits lors de la construction de la route reliant La Teste et Bordeaux entre 1816 et 1819. Un matériel important fut sorti de terre puis perdu. F.-V. Jouannet nous décrit succinctement ce mobilier mais cela ne nous permet pas de le dater précisément. B. Peyneau pense qu’il s’agit d’une nécropole du Premier Age du Fer. Une réutilisation à l’époque gallo-romaine n’est pas à exclure.

 

Nom du site : Houn de la Peyre

Commune : Biganos

Type : nécropole tumulaire

Description : La nécropole est située sur la rive droite de la Leyre et surplombe le ruisseau de la Mole. Elle est elle aussi composée de trois tumulus contenant chacun une sépulture. C’est la seule nécropole dont les tumulus présentent une structuration interne en garluche. Malheureusement, l’organisation des blocs entre eux nous est inconnue.

 

Nom du site : Les Gaillards

Commune : Biganos

Description : Il s’agit d’une nécropole très étendue qui n’a été fouillée que partiellement par B. Peyneau. Des fouilles de sauvetage ont été entreprises dans les années 1980 lors de l’établissement d’un lotissement dans la zone. La nécropole est distante de huit-cent mètres de la Leyre. Cette nécropole est la plus importante de notre zone d’étude : elle a livré dix-neuf tumulus mais il est possible que certains aient été détruits. Le nombre de sépultures ne peut être correctement appréhendé : B. Peyneau l’a lui-même avoué, la fouille de ce site n’a pas été menée selon une bonne méthode et de nombreuses données ont été perdues. Il est toutefois intéressant de remarquer qu’un tumulus de cette nécropole a livré une sépulture gallo-romaine.

 

Nom du site : Balanos Les Couyouns

Commune : Le Teich

Type : nécropole de tombes en fosses

Descripition : Située sur la rive gauche de la Leyre, au niveau de l’autoroute reliant Bordeaux à Arcachon, cette nécropole a fait l’objet de fouilles préventives en 1974 et 1975. Elle n’a pas été fouillée en intégralité mais a tout de même livré quinze sépultures.

 

Nom du site : Pujaut

Commune : Mios

Type : nécropole tumulaire

Description : la nécropole est située sur la rive gauche de la Leyre, à proximité du marais du Rebec. Elle regroupe huit tumulus, contenant une ou plusieurs sépultures chacun. Elle a livré au total seize sépultures. Elle semble organisée en deux lignes parallèles. Un des tumulus se distingue par son importance : il mesure en effet trente-quatre mètres de diamètre pour deux mètres cinquante de haut.

 

Nom du site : Truc du Bourdiou

Commune : Mios

Type : nécropole de tombes en fosses

Description : La nécropole est située à environ quatre cent mètres de la Leyre mais également à proximité du ruisseau de la Saye, situé au fond d’un ravin. Elle est positionnée en hauteur par rapport au fleuve, à vingt mètres au dessus de ce dernier. Cinquante-trois sépultures ont été découvertes mais la nécropole n’est pas connue dans son intégralité. Elle a également subi de nombreux dommages lié à l’extraction de sable pratiquée sur la zone archéologique. Les tombes sont parfois entourées de murets en garluche (à différencier des cercles de pierres ou de garluche). De nombreuses fosses remplies de charbon ont également été mises au jour.

 

Nom du site : Castandet

Commune : Mios

Type : tumulus isolé

Description : Le tumulus est situé sur la rive gauche de la Leyre, et nous ne savons que très peu de choses de ce dernier, excepté le fait qu’il ne contenait qu’une sépulture.

Nom du site : Berceau

Commune : Mios

Type : nécropole tumulaire

Description : Cette nécropole est située sur la rive gauche de la Leyre, à proximité d’un marais et de sources naturelles. B. Peyneau n’a fouillé qu’un seul tumulus sur les quatre qu’il avait répertorié mais ce dernier est relativement éloigné des trois autres. Il ne renfermait qu’une sépulture.

 

Nom du site : Coularre

Commune : Mios

Type : tumulus isolé.

Description : fouillé par B. Peyneau en 1926, non publié.

 

Nom du site : Camping Municipal

Commune : Mios

Type : indéterminé

Description : Des fouilles  préventives ont été menées lors de la pause de câbles électriques dans le camping. Le site est situé sur la rive droite de la Leyre, à moins de cent mètres de celle-ci. Elle est aussi située à proximité du ruisseau de l’Andron. Les fouilles ne nous permettent pas d’appréhender les structures funéraires de manière claire : des sondages ont été faits à la pelle mécanique et le mobilier a été ramassé par tamisage.

 

Nom du site : Bourg de Salles

Commune : Salles

Type : indéterminé

Description : Le site a été découvert lors de travaux chez des particuliers à l’époque de B. Peyneau. Ce dernier a récupéré le mobilier d’une sépulture. Aujourd’hui, l’endroit est complètement couvert de constructions. Là encore, le site est situé à proximité de la Leyre, sur un plateau sablonneux.

 

Nom du site : Le Martinet

Commune : Salles

Type : nécropole de tombes en fosses

Description : Cette nécropole n’a pas été fouillée en intégralité. Une première mention de mobilier funéraire date de 1860. Le site fut ensuite « perdu », jusqu’à ce que des travaux sur le complexe sportif ne mettent au jour des structures funéraires du Premier Age du Fer. Plusieurs campagnes préventives révélèrent vingt-deux sépultures. Toutefois se pose la question de la relation entre ces structures mises au jour au début du 20ème siècle : en effet, le mobilier découvert à cette époque, sur les pentes du ruisseau du Martinet, est assez éloigné de la zone couverte par les sépultures dégagées depuis les années 1980. Peut-être existe une autre nécropole à proximité…

Comme nous venons de le montrer, il existe plusieurs types de structures funéraires dont nous ne possédons souvent que des données lacunaires : si le mobilier est en grande partie conservé, les fouilles anciennes et les fouilles préventives ne nous permettent pas de les comprendre complètement. Pour appréhender les structures, il a fallu comparer avec les autres sites funéraires connus dans les environs, ce qui nous a permis de mieux interpréter les dires de B. Peyneau. Toutefois, une grande partie de ce travail a consisté en l’étude précise du mobilier archéologique.

Repères bibliographiques

ENJALBERT (H.) :

                1960 : Les Pays Aquitains, T1 : le modelé et les sols, thèse de 3ème cycle, Bordeaux, janvier 1956, Bordeaux, 1960.

ESCUDE-QUILLET (J.-M.) :

1998 : Du complexe Pyrénéen au complexe Aquitain : la fin de l’Age du Bronze et l’Age du Fer de l’Aquitaine méridionale, thèse de doctorat, université Toulouse le Mirail, 1998.

LAPORTE (L.) (dir.) :

1998 : L’estuaire de la Charente de la protohistoire au Moyen-Age, DAF, 72, Paris, 1998.

MARAMBAT (L.) :

                1995 : Paysages de la façade atlantique girondine et de la Saintonge au post-glaciaire. L’empreinte de l’homme, Cahiers du Quaternaire, 21, Paris, 1995, p.83-101.

MOHEN (J.-P.) :

1972 : « Rapport entre les habitats et les nécropoles du Premier Age du Fer en Gironde », in Actes du 1er colloque archéologique de la 4ème section de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, Paris, 1972, Paris 1975, p.32-36.

1980 : L’Age du Fer en Aquitaine, du VIIIe au IIIe siècle avant J.-C., MSPF, 14, Paris, 1980.

MOHEN (J.-P.), COFFYN (A.) :

1970 : Les nécropoles hallstattiennes du bassin d’Arcachon, vol. XI, Bibliotheca Praehistorica Hispana, Madrid, 1970.

PEYNEAU (B.) :

                1926 (a) : Découvertes archéologiques dans le pays de Buch, Tome 1 : depuis l’âge de la pierre jusqu’à la conquête romaine, Bordeaux, 1926.

1926 (b) : Découvertes archéologiques dans le pays de Buch, Tome 2 : depuis la conquête romaine jusqu’à nos jours, Bordeaux, 1926.

Notes :

[1] Escudé-Quillet (J.-M.), 1998 ; Béhague  (B.) (à venir)

[2] Cette dernière ne pouvait en effet plus se déverser dans la mer.

[3] Tastet (J.-P.), 2004.

[4] BP = Before Present. Terme généralement employé dans les parutions scientifiques. Le « présent » correspond à l’année 1950.

[5] Données issues d’un entretien avec D. Coquillas.

[6] C’est notamment le cas en Charente Maritime – voir Laporte (L.), 1998.

[7] Marambat (L.),  1995

[8] une plante rudérale est une plante qui croît dans les endroits où il y a eu occupation humaine, notamment dans les ruines. Exemple : l’ortie.

[9] Marambat (L.), 1995, p.98.

[10] Mention est faite bien sûr du paysage et non du département au sens strict.

[11] Enjalbert (H.), 1960, p.316-317.

[12] H. Enjalbert plaçait la garluche dans la catégorie des alios. Aujourd’hui, la garluche est une catégorie à part.

[13] CRP2A, laboratoire de Physique Appliquée à l’Archéologie, Université Bordeaux 3.

[14] Données recueillies lors de la conférence de N. Gourdon-Platel, le 6 mai 2005 à Sanguinet.

[15] Enjalbert (H.), 1960.

[16]  Enjalbert (H.), 1960, p.247.

[17] Communication à l’intention de la Société Royale des Sciences, Belles Lettres et Arts de Bordeaux (avril 1829).

[18] Fait avéré sur un tumulus fouillé récemment. De plus, on note la proximité du site antique de Boios.

[19] Peyneau (B.), 1926.

[20] Mohen (J.-P.), Coffyn (A.), 1970.

Peu de français en ont conscience (notamment les amateurs de « militaria » qui pillent les champs de bataille en quête d’objets mortifères à collectionner ou à revendre très cher en faisant fi de toute considération mémorielle et historique), mais le XXe siècle est aussi concerné par la recherche archéologique. Celle-ci a par exemple beaucoup apporté dans la connaissance des tranchées de la première guerre mondiale, que ce soit dans leurs dispositifs défensifs ou dans les aménagements divers destinés à faire vivre la troupe et dans l’équipement de celle-ci.

Des recherches sont actuellement menées à Arcachon, en Gironde, à l’intérieur d’un bunker allemand particulièrement bien conservé de la seconde guerre mondiale. (source : http://www.sudouest.fr/2016/08/15/arcachon-premieres-fouilles-dans-le-bunker-enterre-2468195-2733.php)

Arcachon : premières fouilles dans le bunker enterré

Découvert en 2015, le bunker d'Arcachon abritait un central téléphonique.
Découvert en 2015, le bunker d’Arcachon abritait un central téléphonique. ©

franck perrogon

Le Gramasa a débuté, ce lundi matin, des fouilles archéologiques dans le bunker enterré, sous le parking de l’office de tourisme

Des fouilles archéologiques ont commencé, ce lundi matin, dans le bunker souterrain, construit en 1943 au moment de l’édification du Mur de l’Atlantique, et découvert l’an dernier sous le parking de l’office de tourisme d’Arcachon.

Ce premier chantier de fouilles doit durer une semaine.© Photo franck perrogon

Les fouilles ont été confiées au Gramasa (groupe de recherches archéologiques sur le mur de l’Atlantique secteur arcachon), présidé par Marc Mentel.

Un central téléphonique

Ce lundi matin, Marc Mentel et des membres de l’association ont commencé à déblayer le sable qui avait été déversé dans le bunker, en 1946 lorsque la partie qui dépassait du sol a été arasée.

Marc Mentel, président du Gramasa© Photo franck perrogon

Ce bunker, qui s’étend sur une surface de 200 m2, d’une profondeur de 4 mètres, comprend une pièce principale et divers couloirs et espace dont l’un accueillait un générateur.

Le bunker souterrain a été construit par les Allemands en 1943.© Photo franck perrogon

Ce bunker abritait un central téléphonique pour assurer la communication entre les différents états majors du secteur, en cas de bombardement. Neuf militaires pouvaient loger dans ce bunker, comme le prouvent les lits en fer superposés qui y sont toujours.

Neuf militaires pouvaient loger dans ce bunker.© Photo franck perrogon

Ce premier chantier de fouilles, décidé par le service régional de l’archéologie de la DRAC (direction régionale des affaires culturelles), doit durer une semaine. Pour Marc Mentel, ce « blokhaus est un marqueur tangible de l’histoire locale du mur de l’Atlantique et plus généralement de la Seconde Guerre mondiale ». Ces fouilles doivent  » permettre de comprendre son histoire et celle d’autres blokhaus où subsistent moins d’éléments ».

Du sable déversé en sur le bunker en 1946 l’a fait disparaître.© Photo franck perrogon

Il reviendra, à terme, à la municipalité d’Arcachon de décider ce qu’elle souhaite faire de ce bunker, qui pourrait très bien être ouvert au public.