Choqué comme beaucoup d’autres à juste titre par un article récemment paru dans le quotidien Sud Ouest et intitulé « Pourquoi a-t-on planté la forêt des Landes? », l’un de nous a décidé de prendre le temps de rédiger un article sur le sujet.  En effet, l’article paru dans Sud Ouest est une succession de poncifs sur les Landes dont on aurait pu croire qu’ils étaient seulement réservés à des sites internet d’entreprises forestières. Et encore. Nous vous proposons donc ce « vademecum » que tout amoureux de l’histoire des Landes, notamment de son espace forestier, devrait prendre la peine de lire. Vous le verrez, pour les habitués de l’Histoire sociale, économique et environnementale des Landes, il n’y a pas de surprise, puisque tous les éléments décrits sont publiés pour certains depuis longtemps. Apparemment, certains journalistes l’ignorent, plongeant à leur tour dans l’ignorance un grand public qui n’accède pas à des données fiables et sourcées, mais à des articles grand guignolesques venus conforter des idées fausses. Voici donc cette « autre histoire ». Seul bémol, ça manque un peu d’images ! 😉

Une autre histoire de la forêt landaise

par Hervé Barrouquère (membre du Centre de Recherches Archéologiques sur les Landes et de la Société de Borda)

Il y a l’histoire de la forêt landaise, celle que tout le monde connait, celle que l’on trouve sur des sites institutionnels, sur des sites d’entreprises forestières, de comités touristiques ou dans des articles de presse mal renseignés. Tout le monde sait ou a son avis sur la question. Tout le monde vous dira que les pins ont été plantés pour assainir les marécages, à cause des maladies, de la pauvreté, que c’est un roi ou Colbert ou Napoléon ou Napoléon 3 ou des moines ou Chambrelent ou Brémontier qui a fait planter les pins. Que ces derniers sont peut-être même arrivés d’Amérique. Et avant les pins, il y avait un grand marais et le désert. Etrange : un désert, habituellement, c’est plutôt sec. Bref, tout le monde le sait, tout le monde a tout compris, on ne va pas revenir là-dessus. Et pourtant…

(tiré de  « La fin du paradigme du désert landais : histoire de la végétation et de l’anthropisation à partir de l’étude palynologique de quelques lagunes de la Grande-Lande » par Elodie Faure et Didier Galop ; voir plus loin dans l’article)

1) Pourquoi avoir planté des pins ?

Mais oui, pourquoi ? Pour soi-disant assainir les marais en buvant leur eau ? Un grand chêne en boit tout autant. Et un pin planté là où il y a trop d’eau va mal pousser si on ne creuse pas auparavant ce que les Landais appelaient des « crastes » ou des « barrades », c’est-à-dire des fossés. La loi de Napoléon 3 en 1857 dite d’assainissement et de mise en culture des Landes de Gascogne n’a jamais mentionné qu’il fallait planter du pin, l’empereur voulait juste rentabiliser l’espace landais. La loi demandait en premier lieu de drainer, PUIS de mettre en culture les terrains vidés du surplus d’eau. L’assainissement ayant été fait à la charge des communes, qui à la même époque avaient la responsabilité de l’amélioration du réseau routier, celles-ci se retrouvaient généralement dans la gêne pour planter les terrains assainis. D’où l’aspect le plus important prévu par la loi : la vente aux enchères (« l’aliénation » dans le texte) des communaux qui étaient majoritaires dans la Grande Lande. Durant les décennies précédentes, beaucoup d’hommes politiques et hommes d’affaires (les mêmes personnes, en fait) s’élevaient contre le régime communautaire des Landes de Gascogne et avançaient que seule la propriété privée était en mesure de faire avancer l’économie. Lors de la mise aux enchères des communaux, ce sont de riches familles bordelaises et parisiennes que furent les premières à se servir : on les nommait les « investisseurs étrangers » à l’époque. D’ailleurs, il était question de « coloniser » les Landes de Gascogne. Et le mot à l’époque avait une connotation particulière : àa la même époque, on colonise Asie et Afrique. Bref, personne n’a tenu compte de l’avis des Landais, ni même de certains ingénieurs agronomes qui demandaient qu’un tiers des terrains soient laissés en lande pour que le basculement soit moins traumatisant. Le pin fut choisi car il poussait vite et était rapidement rentable. Surtout, il y avait un savoir-faire local pluriséculaire concernant les pins. La loi de 1857 n’a pas fait naître la forêt landaise, elle a créé une forêt à vocation industrielle. La forêt spontanée, elle, a toujours existé au cours de ces derniers 10 000 ans et existe toujours le long des cours d’eau, là où les forestiers ne peuvent pas la remplacer par des pins.

2) Plongeons dans le passé : la lande avant la forêt industrielle.

Tout comme la forêt industrielle, la lande n’est pas un paysage apparu tout seul. Comme ailleurs, la lande était présente par volonté humaine. Ici, elle a été patiemment entretenue par des défrichements et des brûlis tout le long du Moyen Age et de l’Ancien Régime pour l’extension de l’activité pastorale. Chaque hiver, les bergers pratiquaient la « bluhe » ou la « burle », c’est-à-dire de vastes écobuages, pas toujours maîtrisés. La forêt était conservée sur 20 à 30% des parcelles et le chêne y était essentiel. Il y côtoyait châtaigners, aulnes, saules, frênes, bouleaux etc. en proportion variable selon le relief et l’humidité du sol. Des parcelles de pins naturelles (les sègues) et semées (les pinhadars) étaient présentes et permettaient la production de poix bien avant la Révolution. Les recherches archéologiques montrent que la poix étaient déjà produites à partir du pin des l’Antiquité dans la région de Sabres, Commensacq, Trensacq, Saugnac-et-Muret, mais aussi Liposthey, Vielle, Sanguinet etc.

Les lagunes, appelée improprement marécages, étaient intégrées parfaitement à l’économie locale par la pêche qui y était pratiquée et par le besoin d’eau pour les troupeaux. Peu profondes, leur fond était relativement plat et compact. En hiver, les intempéries les faisaient souvent déborder les unes dans les autres lorsque plusieurs se concentraient dans la lande humide. L’économie agropastorale avait besoin de la lande pour nourrir les très nombreux moutons et brebis de la Grande Lande. Il y en au plusieurs centaines de milliers ; certains avancent le chiffre d’un million. Parquée le soir dans des bergeries de parcours, elles étaient essentielles pour la production du fumier. Le sol étant sableux, facilement lessivé par les pluies et les mouvements de la nappe phréatique, il ne retenait pas les éléments essentiels à la pratique d’une agriculture céréalière intense pour les terrains. En effet, pas de repos des sols ici, le même champ était utilisé chaque année : d’où le besoin énorme en fumier. Celui-ci était recueilli dans les bergeries de parcours qui appartenaient au propriétaire du troupeau et du champ. La lande, elle, était majoritairement communale depuis la Révolution. Avant, elle bénéficiait depuis le Moyen Age d’un régime communautaire encadré par les paysans peu répandu en France. Sans lande, pas de fumier. Sans fumier, pas de céréales pour le pain.

3) Et les dunes alors ?

Des dunes se sont formées dans l’espace landais dès la fin de la dernière glaciation, il y a plus de 12 000 ans. A cette époque, d’importantes tempêtes venues de l’ouest nappèrent le sol du sable que l’on peut voir aujourd’hui sous nos pieds en nous baladant en forêt dans la Grande Lande, loin de l’océan. Des dunes imposantes se devinent dans le paysage à Sabres (le Piou Romiou) ou à Cazalis (le Douc) pour ne citer que les plus imposantes. Progressivement, avec le radoucissement du climat, la fonte des imposants glaciers du nord de l’Europe libérèrent de grosses quantités d’eau qui firent remonter le niveau de l’océan de plusieurs dizaines de mètres et reculer le trait de côte vers l’est de plusieurs dizaines de kilomètres.

Une seconde période de formation de dunes intervint entre la fin de la Préhistoire et l’Antiquité. Ce sont les immenses dunes de la côte, totalement boisées aujourd’hui. Elles étaient déjà en partie boisées durant l’Antiquité et le Moyen Age, même si des tempêtes menaient régulièrement à mal cette forêt et déplaçaient le sable d’autres dunes formées dans un troisième temps.

A la fin du Moyen Age, un troisième cycle de formation de dunes est intervenu et ces dunes restèrent mobiles jusqu’au début du XIXe siècle. Pourquoi sont-elles restées dans les esprits comme « danger » permanent pour les Landes ? C’est surtout par une mauvaise compréhension des évènements. Au XVIIIe siècle, c’est une période de péjoration climatique intégrée dans la dernière phase du fameux « Petit Age Glaciaire » qui s’est abattu sur l’Europe dès la fin du Moyen Age. Des tempêtes malmènent les dunes côtières et rendent instables les terrains. Des hameaux sont abandonnés, mais, étonnements, quand on plonge dans les sources comme le fit Bernard Saint-Jours il y a un siècle, on remarque que ces abandons se firent moins à cause du sable la plupart du temps, qu’à cause d’une remontée soudaine de la nappe phréatique à proximité des étangs côtiers. Ces derniers s’étaient formés pour la plus grosse partie à cause de la deuxième phase d’installation des dunes et dans une moindre mesure, la troisième : les cours d’eau côtiers ne pouvant plus accéder à l’océan, ils débordèrent ennoyant les berges. Des courants, exutoires de ces étangs, finirent par se former et atteindre difficilement l’océan en se frayant un chemin entre les dunes. Au XVIIIe siècle, les précipitations, accompagnées d’importants mouvements de sables au niveau des dunes blanches nécessitèrent les premiers travaux d’ensemencement destinés à fixer les dunes mouvantes. Des Landais, avant l’ingénieur des Ponts et Chaussées Brémontier, avaient déjà entrepris ces travaux : ce sont les frères Desbiey. Mais c’est Brémontier qui restera dans l’histoire, car dans la légende noire qui était en train de se construire, les Landais ne pouvaient être que soumis à la Nature, à l’eau et aux dunes. Mais celle-ci ne menacèrent jamais d’avancer loin à l’intérieur des terres. Il y eut une exagération sans doute volontairement entretenue, la même qui prévalait quand les Landais de la Grande Lande furent décrits comme pauvres, maladifs, voire sauvages et volontiers dévoreurs d’enfants.

4) Quand le pin s’impose

Le pin, présent naturellement, déjà exploité durant l’Antiquité pour sa poix, apparemment déjà semé dès la fin du Moyen Age, à nouveau exploité pour la poix par Colbert sous Louis XIV, vint comme une évidence boiser les dunes qui n’étaient pas encore fixées. Il y eut énormément de publicité autour de cette action. Les landes de Gascogne, supposées mal utilisées par des Landais inaptes, devinrent alors le terrain de tous les possibles pour des investisseurs fortunés. Tentatives d’acclimatation de l’arachide, du chameau (eh oui, si les Landes étaient un désert, il leur fallait les chameaux), du riz (et des buffles qui vont avec), du mérinos etc. furent souvent des expériences sans lendemain. Tout fut imaginé, même de puissants canaux dédiés à la navigation, sur modèle du canal du Midi, du nord au sud, reliant bassin d’Arcachon et Adour, voire Garonne et Adour !

Les Landais, jamais interrogés sur leur vie, leurs envies, la manière dont ils tirèrent habilement parti de leur terroir, étaient considérés au mieux en indigènes passifs, qualifiés de « hottentots de la France », au pire, à la faveur du darwinisme, comme chaînon manquant entre l’homme et le singe. C’est dans ce contexte que la loi de Napoléon 3 fut promulguée en 1857. Non que l’empereur adhéra aux idées reçues précédentes, mais il fallait bien que toute la France produise, participe à l’effort national pour intégrer le pays dans la Révolution Industrielle, dans laquelle l’Angleterre avait déjà un train d’avance. Même si un ingénieur des Ponts et Chaussées local, Henri Crouzet, avait développé des tests concluants sur la manière de mettre en place un autre fonctionnement économique, respectueux des usages locaux, diversifié dans les cultures et les usages,  en ne misant pas sur la suppression de l’élevage et donc de toute la lande, c’est un autre modèle qui fut choisi, celui de Chambrelent, plus expéditif dans la mise en valeur des terrains. Un évènement lointain allait accélérer les choses, une guerre : la Guerre de Sécession aux Etats-Unis. Le sud est en guerre contre le nord qui mène un embargo pour l’étouffer économiquement et le pousser vers la défaite. Hors, ce sud exploite la résine et envoie ses produits dérivés (essence de térébenthine et colophane) vers l’Europe. Il y a un marché à prendre et il sera très lucratif.

Désormais, l’espace sera dévolu à la monoculture du pin. Pour la première fois, les parcelles furent interdites aux troupeaux, pour la première fois la lande se cloisonna par la pose de centaines de kilomètres de clôtures destinées à protéger les jeunes plants des précieux pins. D’après un souvenir local, rapporté par l’ancien président de la Société de Borda, le Dr Peyresblanques, lors d’une visite à Marquèze de la société savante, près de vingt bergers se donnèrent la mort à Pontenx-les-forges en dix ans, suite à l’application de la loi de Napoléon 3. On mesure assez mal encore aujourd’hui le désastre humain que représenta cette loi, notamment en terme d’exode rural ou de déclassement des propriétaires laboureurs, puisque c’est le discours utilitariste des forestiers qui se répercute, dans lequel on nous livre la version selon laquelle ils tirèrent les Landes de la pauvreté et du désert.

En quelques phrases, c’est l’historien Jean-Pierre Lescarret qui, dans la conclusion d’un très bon article intitulé « Parcs, bordes, parcours et bergers dans la Grande Lande au temps de l’agro-pastoralisme », nous résume la situation :

« Mais l’histoire est écrite par les vainqueurs. Ecrite à double titre : parce qu’ils la font, parce qu’ils l’interprètent à leur manière. L’histoire économique de la Grande Lande a trop été écrite par les forestiers et les marchands d’histoire. Sans doute la forêt a-t-elle eu ses heures de gloire, mais pour les communautés villageoises le prix à payer a été très lourd. L’agro-pastoralisme avait généré une civilisation, le pin a été le fondement d’une économie, ce qui est tout autre chose. » (Bull. de la Soc. de Borda, n°449, 2e trimestre 1998)

6) Finalement, quelle fut l’histoire de la forêt landaise ?

La Grande Lande n’a jamais été un désert au cours de ces 10 000 dernières années. La forêt s’y est développée comme nous le montrent de nombreuses études paléoenvironnementales et les populations s’y sont très tôt installées comme le montre l’archéologie. Dès la fin du Néolithique, on assiste aux premiers défrichements. Ainsi naquit la lande. Très vite, le paysage va s’ouvrir, laissant de plus en plus de place aux troupeaux dont on comprit très vite l’intérêt : fumier, laine et dans une mesure moindre, viande et lait. La forêt était cependant majoritairement conservée : elle était le refuge du gibier, sans doute des divinités ; on y trouvait le bois des cabanes et du chauffage, puis le combustible des fours de potier et de bronzier. Durant l’Antiquité, grâce aux Romains apportant de nouveaux savoir-faire, on se mit à exploiter la résine en brûlant des bûches de pin dans des installations rudimentaires pour en tirer la poix. Celle-ci était transportée jusqu’à l’embouchure de la Leyre, plus précisément dans les entrepôts de la cité de Boios, actuel hameau de Biganos. De là, la poix partait par bateaux vers Bordeaux et plus loin encore : un chargement de poix dont la provenance était sans doute landaise fut retrouvé dans l’épave d’un bateau antique coulé entre la France et l’Angleterre. Pour cette exploitation, largement répandue comme le montrent les recherches menées, sacrifia sans doute beaucoup de pins. Dès lors, le rapport entre lande et forêt s’inversa : le Moyen Age fit le choix du modèle agropastoral dans lequel les fameux investisseurs du XIXe siècle, ne virent qu’archaïsme et pauvreté. Pourtant, des fortunes se construisirent patiemment ici : miel, cire, laine, agneaux pouvaient finir par rapporter beaucoup générations après générations. Mais on parlait peu d’argent et on le montrait peu, hors lors des paris, courant ici, car il fallait bien que nos «sauvages » eurent quand même quelques vices, bien réels cette fois.

Les données sur le couvert végétal, grâce aux prélèvements de pollens dans les tourbes des lagunes (voir le graphique en première page), sont précises et nous montrent une toute autre vision de ce que serait la forêt landaise si demain, le pin n’était pas replanté partout. Car oui, contrairement à une assertion répétée sur des pancartes en bord de forêt landaise dans les mois qui suivirent la tempête de janvier 2009, il y a une forêt sans les forestiers. Mais ce n’est pas la forêt industrielle dont ils sont les zélateurs, car le pin ne serait que secondaire sans l’intervention humaine, derrière des chênes vrais maîtres de l’espace landais.

7) En conclusion

Voici des indications bibliographiques en vrac sur lesquelles repose ce court article sur un sujet qui vaudrait bien un livre :

_ Histoire de la forêt landaise, du désert à l’âge d’or, de Jacques Sargos, publié aux éditions Horizon Chimérique, réédité régulièrement

_ Voyage au cœur des Landes, de Jacques Sargos, publié en 1984 aux éditions Horizon Chimérique

_ Le pin de la discorde, de Francis Dupuy, publié aux Éditions de la Maison des sciences de l’homme en 1996, consultable en ligne

_ Clochers et troupeaux : les communautés rurales des Landes et du Sud-Ouest avant la Révolution, d’Anne Zink, publié par les Presses Universitaires de Bordeaux en 1997, consultable en ligne

_ L’imaginaire contemporain des Landes de Gascogne, par Marie-Dominique Ribereau-Gayon, paru aux éditions du CTHS en 2011

_ La Grande Lande : histoire naturelle et géographie historique, actes du colloque de Sabres de 1981, publiés par le CNRS en 1985, dont une partie est consultable en ligne

_ De la lagune à l’airial, le peuplement de la Grande Lande, actes du colloque de Sabres de 2008, publiés par Aquitania en 2011.

_ Landes et Chalosses, ouvrage collectif paru aux éditions du SNERD en 1984

_ les différents actes de colloques parus dans la collection « Colloques et travaux » publiés par le Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne

_ les bulletins de la Société de Borda

_ les ouvrages de Pierre Toulgouat

_ les données sur le peuplement ancien des Landes mises en ligne sur Archeolandes ou sur le Club Dubalen.

Pour finir, même si ça parait un peu ardu de prime abord, voici la conclusion de l’article « La fin du paradigme du désert landais : histoire de la végétation et de l’anthropisation à partir de l’étude palynologique de quelques lagunes de la Grande-Lande » par Elodie Faure et Didier Galop (labo GEODE, Univ.Toulouse 2), paru dans l’indispensable « De la lagune à l’airial » cité plus haut, actes du colloque de Sabres (nov. 2008), Aquitania, Pessac, 2011, pp.43-59 :

« Sur  l’histoire  de  la  végétation,  les  données  polliniques démontrent l’existence d’une couverture forestière  importante  et  diversifiée  (chêne,  orme,  tilleul, frêne, hêtre) durant la première moitié de l’Holocène.
(…) Le début de l’Holocène est caractérisé par l’existence d’une importante pinède (l’ “ancienne pinède” du géographe Louis Papy) qui n’a été  remplacée  par  une  chênaie  riche  en  arbres  et  arbustes  héliophiles  que  vers  8000-7500  avant  le  présent. Bien que soumise à des déboisements réguliers à partir du Néolithique final, cette couverture forestière a  persisté jusqu’à l’aube du Moyen  Âge, période à partir de laquelle une intensification des activités humaines a entraîné dans certains secteurs sa disparition pour laisser la place aux landes.
Enfin, pour ce qui est des rythmes et processus de l’anthropisation de la Grande-Lande, les données palynologiques indiquent une anthropisation ancienne, remontant à la première moitié du Néolithique ancien pour une période constituant encore un point aveugle au niveau des connaissances archéologiques. À partir du  Néolithique  final,  l’occupation  semble  pérenne.
Elle s’intensifie dès la Protohistoire, pour atteindre un point  culminant  durant  la  période  médiévale.  Ces rythmes  font  écho  à  ceux  observés  dans  le  Sud  de l’Aquitaine,  en  particulier  sur  le  versant  nord  des Pyrénées  occidentales.  L’image  de  la  Grande-Lande s’en trouve ainsi quelque peu modifiée : loin d’avoir été un espace marginal ou inhospitalier, elle apparaît au  contraire  comme  un  zone  sans  doute  densément peuplée et exploitée dès la fin du Néolithique. »

Holocène : ère qui a débuté après la dernière glaciation il y a 10 000 ans et dans laquelle nous vivons toujours.

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5 Thoughts on “Une autre histoire de la forêt landaise

  1. CQFD ! C’est quand même pas compliqué… !

  2. Teyssier on 22 août 2017 at 17 h 05 min said:

    Bonjour Monsieur,

    J’ai trouvé votre article très intéressant. Il détaille les enjeux de l’évolution des territoires des Landes de Gascogne.

    Quels sont vos griefs concernant l’article du Sud-Ouest ?

    Voici ce que j’ai compris de plus marquant :

    Premièrement car ils dénigrent la civilisation agro-(sylvo)-pastorale savamment cité par M. Sargos. Je cite SO : « Tout d’abord, il faut imaginer un désert.(…), où ne survivent que quelques bergers, au mode de vie rudimentaire. »

    Deuxièmement car ils imposent une idée en ressassant « la vision du forestier »
    Je cite SO : « Or, la seule chose qui pousse correctement sur ces sols, c’est le pin maritime. »

    Rien que ces deux constats me font me poser beaucoup de question à votre sujet et sur l’objet de votre article. Quelle vérité souhaitez-vous rétablir ?

    Les Landais originels – s’il y en a eu un jour…- Homme rural qui plus est, reste donc l’éternel vaincu. Son histoire est enterré par le citadin bourgeois aillant à dessein de l’asservir, de le rendre rentable car jalousant et méprisant sa liberté ?

    Ce tyran, le forestier c’est pour vous le « colonisateur » et « l’investisseurs étrangers ». Nous y voilà donc, le vilain mot « l’étranger ».

    Je souffre vraiment de voir que : « On en est encore là comme vision de l’histoire… ». Cet acharnement à maintenir une opposition absurde entre l’honnête homme rural, homme du cru plein de bon sens, face au méchant citadin étranger.

    Ils ont l’air de la même race et pourtant ils se détestent.
    L’Etranger (1942) de Albert Camus

    Je vous écrit car au délà de se clivage humain détestable, je suis forestier. Je vois dans vos lignes d’autres contradictions :
    Pourquoi opposer Pin et Chêne ?
    Pourquoi ressent-on que le Chêne vaut à vos yeux plus d’un million de Pins ? Qu’est ce qui vous fait croire ça ?
    Si ce n’est peut être une nouvelle fois un archaïsme, urbain poutant celui là, qui fait préférer les gentils feuillus aux méchants résineux de l’industrie forestière.

    Je vous rassure les pinhadars (parcelles de Pins) mordernes sont bien Landaise. Ceux qui les chérissent aussi -les propriétaires – et ceux qui en vivent tout autant -les entreprises- Je peux citer de nombreux d’exemple mais je crois en votre meilleur connaissance du terrain que moi.

    M. Sargos à aussi écrit que « le pin a été le fondement d’une économie » et cette économie est Landaise aujourd’hui. Combien de civilisation ce sont caractérisé par une économie spécifique ( Inca et Maïs).

    Nous ne serons jamais dans le civilisation du Pin mais je veux dire qu’il y a réellement une culture forestière Landaise dont on doit être fier et que l’on doit défendre plutôt que de dénoncer. Car qu’elle est déjà lorgnée et enviée et n’a pas besoin de surcroît de lutte intestine.

    Et vous pouvez compter sur moi pour la défendre et la vanter mais aussi pour continuer à l’améliorer -volet environnementale-…moi l’étranger, citadin parachuté et accueilli ici après une tempête.

    Mes respectueuses salutations.

    • Hervé Barrouquère on 22 août 2017 at 19 h 09 min said:

      Monsieur,
      L’emploi même de désert renvoie aux poncifs du XIXe siècle. Cela reposait sur le fait que les bourgs étaient très peuplés, contrairement aux quartiers. Certains quartiers approchaient la centaine d’habitants et étaient plus étendus que les bourgs. Regardez l’ampleur du quartier de Daugnague par rapport au bourg de Commensacq. Mais les voyageurs ne passaient pas par là. Or, les textes évoquant la lande traditionnelle émanent majoritairement d’auteurs passant par les Landes vers le Pays Basque et ne s’y arrêtant pas. Ils sont passés à côté de la réalité de ce pays. Par ailleurs, la lande n’est pas déserte au sens strict non plus : elle est une zone d’activité, celle des nombreux bergers, des louvetiers, des faucheurs de brande, des chasseurs, des pecheurs de lagune etc. Il y a toujours en vue au moins une bergerie et un arbre. La forêt landaise aujourd’hui est tout autant voire plus parfois désertique que la lande, mais personne n’utiliserait ce terme aujourd’hui, parlant d’avantage d’espace à faible densité. L’auteur de l’article joue le misérabilisme et préfère désert à l’expression précédente.

      Ensuite, vous rappelez que l’auteur emploie le mot « survivent » pour les bergers, dont le mode de vie ne pourrait être que « rudimentaire » : ces mots ont été employés abondamment au XIXe siècle dans la perspective d’opposer tradition à modernité, c’est logique. Mais aujourd’hui, quelle imposture ! Qui, dans la France rurale de la première moitié du XIXe siècle ne menait pas une vie rudimentaire??? Et en quoi peut-on qualifier l’existence des bergers de « survie »? Plus qu’un berger cévennol? qu’un marin-pêcheur breton? C’est absurde. Et le « quelques berges », mais quelle idiotie ! ils étaient nombreux pour mener les troupeaux. Quand on sait qu’il y a eu à certaines périodes jusqu’à près d’un millions de têtes d’ovins, berger ne peut se réduire à ce qualificatif de « quelques » quand ils étaient au coeur de toute une économie, mais aussi vecteurs de la culture orale.

      Quand vous rappelez que l’auteur de l’article dit que le pin est la seule chose qui pousse, là encore, n’importe quel spécialiste de l’environnement landais (MM. Gelpe, Maizeret, Galop, Klingebiel etc.) vous dirait l’inverse. Regardez encore aujourd’hui : malgré un siècle et demi de monoculture du pin, acidifiante pour le sol, nuisible à la biodiversité, quand une coupe rase n’est pas de suite suivie par un reboisement, très rapidement bouleaux et chênes réapparaissent sur les parcelles. Mais là, c’est de l’observation et donc subjectif. Préférons de l’objectif : lisez l’étude la plus récente sur l’évolution de l’environnement landais, intitulée « La fin du paradigme du désert landais : histoire de la végétation et de l’anthropisation à partir de l’étude palynologique de quelques lagunes de la Grande-Lande », par Elodie Faure et Didier Galop (et citée dans mon texte). C’est sans appel : oui, le sol de la Grande Lande est propice à la forêt naturelle. C’est une forêt mixte où les feuillus constituent la plus grosse partie du couvert et dont les proportions entre essences évoluent en fonction de l’humidité des terrains. Même les zones humides permettent la pousse d’arbres comme les aulnes, les saules, les bouleaux, les frênes et même le chêne pédonculé. Le pin, présent naturellement, a toujours préféré la lande mésophile, ni trop sèche, ni trop humide et ne rechignait pas à s’implanter en lande sèche, bien drainée naturellement.

      Ne vous méprenez pas : je ne suis pas une espèce de landais issu du milieu rural qui voudrait défendre à tout crin la mémoire de ses ancêtres. Oui, je suis un peu landais et encore, des Petites Landes (entre Mont de Marsan et Roquefort) et des bourgs (des artisans). Pour le reste, je suis bien plus Pyrénéen et Espagnol. Ensuite, quand j’emploie dans mon texte les mots « colonisation » et « investisseurs étrangers », ce sont les mots employés à l’époque et la seconde expression est encore employée aujourd’hui dans les récits universitaires du fonctionnement socioéconomique de cette conversion paysagère. C’est un état de fait : ils ne connaissaient pas les Landes, hors la publicité négative qui en était faite, ils étaient étrangers à la situation. Le mot étranger n’est pas un mot qui doit faire peur, mon grand-père, mon arrière-grand-père étaient des étrangers quand ils vinrent dans les Landes, d’autres de mes ancêtres furent des étrangers quand, partis de Bigorre, ils se rendirent en Béarn. L’analyse psycho-sémantique est inutile ici. Par contre, l’opposition à l’époque est un aussi état de fait : savez-vous qu’il y eut un rapport sur les nombreux incendies des années 1860- début 1870 le fameux rapport Faré ? L’opposition s’est clairement manifesté dans les actes, violents, expéditifs. Lisez l’ouvrage-thèse de Francis Dupuy « Le pin de la discorde » : tout le monde s’attend à un soulèvement de la population dans les Landes de Gascogne suite au passage du système agropastoral au système sylvicole. Des gendarmeries sont implantées un peu partout, beaucoup plus qu’ailleurs pour surveiller cette population. Le ressentiment se manifestera plus tard, avec la révolte des métayers-gemmeurs pour d’autres raisons, sociales cette fois. L’opposition n’est pas rêvée naïvement dans une je ne sais quelle nostalgie d’un temps idéalisé. Les Landais étaient aussi cons que les autres, les communautés étaient capables de se faire la guerre pour le contrôle des rûchers si enrichissants. Les propriétaires écrasaient parfois socialement leurs métayers, allant jusqu’à les obliger à voter comme ils le voulaient en leur donnant les bulletins de vote avant d’aller à la mairie. Les bergers gardant les troupeaux, pris par le vice du jeu, étaient capable de faire des paris en gageant des troupeaux qui ne leur appartenaient pas. Il n’y a rien à idéaliser, ils étaient certes ingénieux, avaient mis en place des fonctionnement adaptés à des contraintes particulières, mais ils n’étaient finalement en rien différents du commun des français à la même époque. Mais il y eut une différence : pas un seul autre territoire n’a été converti économiquement en France métropolitaine en disant ouvertement qu’on allait le coloniser. Encore aujourd’hui, en fac, c’est un cas d’école.

      Pour terminer, non, je n’oppose pas le pin au chêne, j’en ai juste assez d’entendre ou lire que sans les forestiers (synonyme de planteurs de pins ici), il n’y a pas de forêt dans les Landes. J’ai aussi vu trop de chênaies disparaitre (et je n’ai que 40 ans) dans la Grande Lande à cause du choix malheureux de propriétaires non landais que la conservation du milieu n’intéresse pas. J’aime les pins, les grands, ceux de 40, 50, 60 ans mais avec les tempêtes et surtout, la pression des papetiers qui veulent une forêt à rotation courte (je ne mords pas, je parle avec des forestiers, j’ai même eu une formation sur l’exploitation de la forêt landaise il y a quelques années par un forestier de chez Gascogne responsable d’une bonne liste de plans de gestion, dont le discours était sans tabou sur certains aspects de l’exploitation forestière…), ces forêts-là appartiendront de plus en plus au passé. Ce que je n’aime pas, c’est que l’on trahisse la réalité pour justifier une économie et pire, que l’on publie des articles soi-disant historiques, qui racontent n’importe quoi. Moi, les fois où je publie, j’ai droit à ce que mes articles passent en comité de lecture pour juger de leur qualité, de leurs erreurs, de ce qui est à revoir etc. L’article de Sud Ouest n’a pas dû passer devant grand monde avant d’être publié. Et surtout, il n’y a rien de logique : il y a déjà eu des articles sur la forêt landaise, sur le peuplement ancien de ce secteur publié dans Sud Ouest. Pour n’en citer qu’un : en novembre 2015, article double page de Jean-Louis Hugon, avec photos couleurs pour un article intitulé « La forêt redevient feuillue » ; l’article est juste et les observations forestières sont un écho frappant aux données palynologiques du passé. Comment deux ans plus tard un jeune sorti de la fac de journalisme peut-il pondre un article en totale contradiction avec celui-là? Tout y était pourtant, y compris la nécessité de vider l’eau par le creusement de crastes : l’article évoque l’erreur de croire que les pins ont pompé l’eau des marais.

      Je n’ai rien du tout contre la plupart des forestiers qui aiment les Landes, sa forêt, qui sont intarissables parfois quand on parle des moments passés dans les bois et de ce qu’ils y voient. Certains même sont de fins observateurs et je ne compte plus les indices de sites archéologiques qu’ils ont pu signaler depuis 30 ans à une des associations dont je fais partie. J’en veux davantage à ces satanées indivisions parisiennes, à ces entreprises méga-propriétaires qui ne rêvent que de profits immenses et se fichent comme d’une guigne de la biodiversité, des mottes féodales, des cabanes de résiniers et des bergeries de parcours miraculeusement conservées grâce à des régisseurs locaux scrupuleux.

      Bien à vous,

      Hervé Barrouquère

      • Teyssier on 23 août 2017 at 15 h 41 min said:

        Monsieur Barrouquère, Je vous remercie pour votre réponse. En tant que forestier je veux m’inscrire ici dans la durée , tel un arbre.

        Je veux connaitre le territoire dans lequel je vis et vos connaissances historique, votre savoir me sont bien utile.

        C’est une joie de constater que malgré notre désaccord sylvicole nous partageons une même passion celle de transmettre ce savoir.

        Bien à vous,

        ps: ce serait un plaisir pour moi de compléter et affiner vos connaissances forestières notamment en ce qui concerne le sol et la biodiversité, si vous le souhaitez.

  3. Reilovi NALLEC on 5 septembre 2017 at 23 h 57 min said:

    Merci mr Brouquère je suis tombé un peu par hasard sur votre billet merci au journal Sud ouest. j’adhérai très très mollement à ce récit … car pour connaître surtout la haute lande girondine (mon père est Girondins Callen est mon nom de famille) on remarque bien qu’il n’y a pas que le pin qui y prospère et fait souche. Jai le souvenir de magnifiques chênes pluricentenaires, ils en restent heureusement ! Maintenant le saccage des paysages ce n’est pas que dans les landes. Le remembrement, l’arrachage des haies dans les années 70 80 la monoculture sans discernement dans l’ouest que je connais bien j’y vis je suis Sarthois.Et maintenant les zones commerciales et l’habitat pavillonnaire sans le souci d’économie de surface et d’intégration harmonieuse dans l’environnement . Je rêverai plus que tous de remonter le temps et revenir un bref instant avant la révolution industrielle pour admirer ces paysages « jardinés » . Entendons-nous bien, je n’idéalise pas pour autant cette période, la vie était rude et la nature âpre pour la majorité des gens. Notre époque est confortable, je pense, notamment au premier des besoins: manger à sa faim ce qui n’allait pas de soi dans un temps pas si lointain .

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