Choqué comme beaucoup d’autres à juste titre par un article récemment paru dans le quotidien Sud Ouest et intitulé « Pourquoi a-t-on planté la forêt des Landes? », l’un de nous a décidé de prendre le temps de rédiger un article sur le sujet.  En effet, l’article paru dans Sud Ouest est une succession de poncifs sur les Landes dont on aurait pu croire qu’ils étaient seulement réservés à des sites internet d’entreprises forestières. Et encore. Nous vous proposons donc ce « vademecum » que tout amoureux de l’histoire des Landes, notamment de son espace forestier, devrait prendre la peine de lire. Vous le verrez, pour les habitués de l’Histoire sociale, économique et environnementale des Landes, il n’y a pas de surprise, puisque tous les éléments décrits sont publiés pour certains depuis longtemps. Apparemment, certains journalistes l’ignorent, plongeant à leur tour dans l’ignorance un grand public qui n’accède pas à des données fiables et sourcées, mais à des articles grand guignolesques venus conforter des idées fausses. Voici donc cette « autre histoire ». Seul bémol, ça manque un peu d’images ! 😉

Une autre histoire de la forêt landaise

par Hervé Barrouquère (membre du Centre de Recherches Archéologiques sur les Landes et de la Société de Borda)

Il y a l’histoire de la forêt landaise, celle que tout le monde connait, celle que l’on trouve sur des sites institutionnels, sur des sites d’entreprises forestières, de comités touristiques ou dans des articles de presse mal renseignés. Tout le monde sait ou a son avis sur la question. Tout le monde vous dira que les pins ont été plantés pour assainir les marécages, à cause des maladies, de la pauvreté, que c’est un roi ou Colbert ou Napoléon ou Napoléon 3 ou des moines ou Chambrelent ou Brémontier qui a fait planter les pins. Que ces derniers sont peut-être même arrivés d’Amérique. Et avant les pins, il y avait un grand marais et le désert. Etrange : un désert, habituellement, c’est plutôt sec. Bref, tout le monde le sait, tout le monde a tout compris, on ne va pas revenir là-dessus. Et pourtant…

(tiré de  « La fin du paradigme du désert landais : histoire de la végétation et de l’anthropisation à partir de l’étude palynologique de quelques lagunes de la Grande-Lande » par Elodie Faure et Didier Galop ; voir plus loin dans l’article)

1) Pourquoi avoir planté des pins ?

Mais oui, pourquoi ? Pour soi-disant assainir les marais en buvant leur eau ? Un grand chêne en boit tout autant. Et un pin planté là où il y a trop d’eau va mal pousser si on ne creuse pas auparavant ce que les Landais appelaient des « crastes » ou des « barrades », c’est-à-dire des fossés. La loi de Napoléon 3 en 1857 dite d’assainissement et de mise en culture des Landes de Gascogne n’a jamais mentionné qu’il fallait planter du pin, l’empereur voulait juste rentabiliser l’espace landais. La loi demandait en premier lieu de drainer, PUIS de mettre en culture les terrains vidés du surplus d’eau. L’assainissement ayant été fait à la charge des communes, qui à la même époque avaient la responsabilité de l’amélioration du réseau routier, celles-ci se retrouvaient généralement dans la gêne pour planter les terrains assainis. D’où l’aspect le plus important prévu par la loi : la vente aux enchères (« l’aliénation » dans le texte) des communaux qui étaient majoritaires dans la Grande Lande. Durant les décennies précédentes, beaucoup d’hommes politiques et hommes d’affaires (les mêmes personnes, en fait) s’élevaient contre le régime communautaire des Landes de Gascogne et avançaient que seule la propriété privée était en mesure de faire avancer l’économie. Lors de la mise aux enchères des communaux, ce sont de riches familles bordelaises et parisiennes que furent les premières à se servir : on les nommait les « investisseurs étrangers » à l’époque. D’ailleurs, il était question de « coloniser » les Landes de Gascogne. Et le mot à l’époque avait une connotation particulière : àa la même époque, on colonise Asie et Afrique. Bref, personne n’a tenu compte de l’avis des Landais, ni même de certains ingénieurs agronomes qui demandaient qu’un tiers des terrains soient laissés en lande pour que le basculement soit moins traumatisant. Le pin fut choisi car il poussait vite et était rapidement rentable. Surtout, il y avait un savoir-faire local pluriséculaire concernant les pins. La loi de 1857 n’a pas fait naître la forêt landaise, elle a créé une forêt à vocation industrielle. La forêt spontanée, elle, a toujours existé au cours de ces derniers 10 000 ans et existe toujours le long des cours d’eau, là où les forestiers ne peuvent pas la remplacer par des pins.

2) Plongeons dans le passé : la lande avant la forêt industrielle.

Tout comme la forêt industrielle, la lande n’est pas un paysage apparu tout seul. Comme ailleurs, la lande était présente par volonté humaine. Ici, elle a été patiemment entretenue par des défrichements et des brûlis tout le long du Moyen Age et de l’Ancien Régime pour l’extension de l’activité pastorale. Chaque hiver, les bergers pratiquaient la « bluhe » ou la « burle », c’est-à-dire de vastes écobuages, pas toujours maîtrisés. La forêt était conservée sur 20 à 30% des parcelles et le chêne y était essentiel. Il y côtoyait châtaigners, aulnes, saules, frênes, bouleaux etc. en proportion variable selon le relief et l’humidité du sol. Des parcelles de pins naturelles (les sègues) et semées (les pinhadars) étaient présentes et permettaient la production de poix bien avant la Révolution. Les recherches archéologiques montrent que la poix étaient déjà produites à partir du pin des l’Antiquité dans la région de Sabres, Commensacq, Trensacq, Saugnac-et-Muret, mais aussi Liposthey, Vielle, Sanguinet etc.

Les lagunes, appelée improprement marécages, étaient intégrées parfaitement à l’économie locale par la pêche qui y était pratiquée et par le besoin d’eau pour les troupeaux. Peu profondes, leur fond était relativement plat et compact. En hiver, les intempéries les faisaient souvent déborder les unes dans les autres lorsque plusieurs se concentraient dans la lande humide. L’économie agropastorale avait besoin de la lande pour nourrir les très nombreux moutons et brebis de la Grande Lande. Il y en au plusieurs centaines de milliers ; certains avancent le chiffre d’un million. Parquée le soir dans des bergeries de parcours, elles étaient essentielles pour la production du fumier. Le sol étant sableux, facilement lessivé par les pluies et les mouvements de la nappe phréatique, il ne retenait pas les éléments essentiels à la pratique d’une agriculture céréalière intense pour les terrains. En effet, pas de repos des sols ici, le même champ était utilisé chaque année : d’où le besoin énorme en fumier. Celui-ci était recueilli dans les bergeries de parcours qui appartenaient au propriétaire du troupeau et du champ. La lande, elle, était majoritairement communale depuis la Révolution. Avant, elle bénéficiait depuis le Moyen Age d’un régime communautaire encadré par les paysans peu répandu en France. Sans lande, pas de fumier. Sans fumier, pas de céréales pour le pain.

3) Et les dunes alors ?

Des dunes se sont formées dans l’espace landais dès la fin de la dernière glaciation, il y a plus de 12 000 ans. A cette époque, d’importantes tempêtes venues de l’ouest nappèrent le sol du sable que l’on peut voir aujourd’hui sous nos pieds en nous baladant en forêt dans la Grande Lande, loin de l’océan. Des dunes imposantes se devinent dans le paysage à Sabres (le Piou Romiou) ou à Cazalis (le Douc) pour ne citer que les plus imposantes. Progressivement, avec le radoucissement du climat, la fonte des imposants glaciers du nord de l’Europe libérèrent de grosses quantités d’eau qui firent remonter le niveau de l’océan de plusieurs dizaines de mètres et reculer le trait de côte vers l’est de plusieurs dizaines de kilomètres.

Une seconde période de formation de dunes intervint entre la fin de la Préhistoire et l’Antiquité. Ce sont les immenses dunes de la côte, totalement boisées aujourd’hui. Elles étaient déjà en partie boisées durant l’Antiquité et le Moyen Age, même si des tempêtes menaient régulièrement à mal cette forêt et déplaçaient le sable d’autres dunes formées dans un troisième temps.

A la fin du Moyen Age, un troisième cycle de formation de dunes est intervenu et ces dunes restèrent mobiles jusqu’au début du XIXe siècle. Pourquoi sont-elles restées dans les esprits comme « danger » permanent pour les Landes ? C’est surtout par une mauvaise compréhension des évènements. Au XVIIIe siècle, c’est une période de péjoration climatique intégrée dans la dernière phase du fameux « Petit Age Glaciaire » qui s’est abattu sur l’Europe dès la fin du Moyen Age. Des tempêtes malmènent les dunes côtières et rendent instables les terrains. Des hameaux sont abandonnés, mais, étonnements, quand on plonge dans les sources comme le fit Bernard Saint-Jours il y a un siècle, on remarque que ces abandons se firent moins à cause du sable la plupart du temps, qu’à cause d’une remontée soudaine de la nappe phréatique à proximité des étangs côtiers. Ces derniers s’étaient formés pour la plus grosse partie à cause de la deuxième phase d’installation des dunes et dans une moindre mesure, la troisième : les cours d’eau côtiers ne pouvant plus accéder à l’océan, ils débordèrent ennoyant les berges. Des courants, exutoires de ces étangs, finirent par se former et atteindre difficilement l’océan en se frayant un chemin entre les dunes. Au XVIIIe siècle, les précipitations, accompagnées d’importants mouvements de sables au niveau des dunes blanches nécessitèrent les premiers travaux d’ensemencement destinés à fixer les dunes mouvantes. Des Landais, avant l’ingénieur des Ponts et Chaussées Brémontier, avaient déjà entrepris ces travaux : ce sont les frères Desbiey. Mais c’est Brémontier qui restera dans l’histoire, car dans la légende noire qui était en train de se construire, les Landais ne pouvaient être que soumis à la Nature, à l’eau et aux dunes. Mais celle-ci ne menacèrent jamais d’avancer loin à l’intérieur des terres. Il y eut une exagération sans doute volontairement entretenue, la même qui prévalait quand les Landais de la Grande Lande furent décrits comme pauvres, maladifs, voire sauvages et volontiers dévoreurs d’enfants.

4) Quand le pin s’impose

Le pin, présent naturellement, déjà exploité durant l’Antiquité pour sa poix, apparemment déjà semé dès la fin du Moyen Age, à nouveau exploité pour la poix par Colbert sous Louis XIV, vint comme une évidence boiser les dunes qui n’étaient pas encore fixées. Il y eut énormément de publicité autour de cette action. Les landes de Gascogne, supposées mal utilisées par des Landais inaptes, devinrent alors le terrain de tous les possibles pour des investisseurs fortunés. Tentatives d’acclimatation de l’arachide, du chameau (eh oui, si les Landes étaient un désert, il leur fallait les chameaux), du riz (et des buffles qui vont avec), du mérinos etc. furent souvent des expériences sans lendemain. Tout fut imaginé, même de puissants canaux dédiés à la navigation, sur modèle du canal du Midi, du nord au sud, reliant bassin d’Arcachon et Adour, voire Garonne et Adour !

Les Landais, jamais interrogés sur leur vie, leurs envies, la manière dont ils tirèrent habilement parti de leur terroir, étaient considérés au mieux en indigènes passifs, qualifiés de « hottentots de la France », au pire, à la faveur du darwinisme, comme chaînon manquant entre l’homme et le singe. C’est dans ce contexte que la loi de Napoléon 3 fut promulguée en 1857. Non que l’empereur adhéra aux idées reçues précédentes, mais il fallait bien que toute la France produise, participe à l’effort national pour intégrer le pays dans la Révolution Industrielle, dans laquelle l’Angleterre avait déjà un train d’avance. Même si un ingénieur des Ponts et Chaussées local, Henri Crouzet, avait développé des tests concluants sur la manière de mettre en place un autre fonctionnement économique, respectueux des usages locaux, diversifié dans les cultures et les usages,  en ne misant pas sur la suppression de l’élevage et donc de toute la lande, c’est un autre modèle qui fut choisi, celui de Chambrelent, plus expéditif dans la mise en valeur des terrains. Un évènement lointain allait accélérer les choses, une guerre : la Guerre de Sécession aux Etats-Unis. Le sud est en guerre contre le nord qui mène un embargo pour l’étouffer économiquement et le pousser vers la défaite. Hors, ce sud exploite la résine et envoie ses produits dérivés (essence de térébenthine et colophane) vers l’Europe. Il y a un marché à prendre et il sera très lucratif.

Désormais, l’espace sera dévolu à la monoculture du pin. Pour la première fois, les parcelles furent interdites aux troupeaux, pour la première fois la lande se cloisonna par la pose de centaines de kilomètres de clôtures destinées à protéger les jeunes plants des précieux pins. D’après un souvenir local, rapporté par l’ancien président de la Société de Borda, le Dr Peyresblanques, lors d’une visite à Marquèze de la société savante, près de vingt bergers se donnèrent la mort à Pontenx-les-forges en dix ans, suite à l’application de la loi de Napoléon 3. On mesure assez mal encore aujourd’hui le désastre humain que représenta cette loi, notamment en terme d’exode rural ou de déclassement des propriétaires laboureurs, puisque c’est le discours utilitariste des forestiers qui se répercute, dans lequel on nous livre la version selon laquelle ils tirèrent les Landes de la pauvreté et du désert.

En quelques phrases, c’est l’historien Jean-Pierre Lescarret qui, dans la conclusion d’un très bon article intitulé « Parcs, bordes, parcours et bergers dans la Grande Lande au temps de l’agro-pastoralisme », nous résume la situation :

« Mais l’histoire est écrite par les vainqueurs. Ecrite à double titre : parce qu’ils la font, parce qu’ils l’interprètent à leur manière. L’histoire économique de la Grande Lande a trop été écrite par les forestiers et les marchands d’histoire. Sans doute la forêt a-t-elle eu ses heures de gloire, mais pour les communautés villageoises le prix à payer a été très lourd. L’agro-pastoralisme avait généré une civilisation, le pin a été le fondement d’une économie, ce qui est tout autre chose. » (Bull. de la Soc. de Borda, n°449, 2e trimestre 1998)

6) Finalement, quelle fut l’histoire de la forêt landaise ?

La Grande Lande n’a jamais été un désert au cours de ces 10 000 dernières années. La forêt s’y est développée comme nous le montrent de nombreuses études paléoenvironnementales et les populations s’y sont très tôt installées comme le montre l’archéologie. Dès la fin du Néolithique, on assiste aux premiers défrichements. Ainsi naquit la lande. Très vite, le paysage va s’ouvrir, laissant de plus en plus de place aux troupeaux dont on comprit très vite l’intérêt : fumier, laine et dans une mesure moindre, viande et lait. La forêt était cependant majoritairement conservée : elle était le refuge du gibier, sans doute des divinités ; on y trouvait le bois des cabanes et du chauffage, puis le combustible des fours de potier et de bronzier. Durant l’Antiquité, grâce aux Romains apportant de nouveaux savoir-faire, on se mit à exploiter la résine en brûlant des bûches de pin dans des installations rudimentaires pour en tirer la poix. Celle-ci était transportée jusqu’à l’embouchure de la Leyre, plus précisément dans les entrepôts de la cité de Boios, actuel hameau de Biganos. De là, la poix partait par bateaux vers Bordeaux et plus loin encore : un chargement de poix dont la provenance était sans doute landaise fut retrouvé dans l’épave d’un bateau antique coulé entre la France et l’Angleterre. Pour cette exploitation, largement répandue comme le montrent les recherches menées, sacrifia sans doute beaucoup de pins. Dès lors, le rapport entre lande et forêt s’inversa : le Moyen Age fit le choix du modèle agropastoral dans lequel les fameux investisseurs du XIXe siècle, ne virent qu’archaïsme et pauvreté. Pourtant, des fortunes se construisirent patiemment ici : miel, cire, laine, agneaux pouvaient finir par rapporter beaucoup générations après générations. Mais on parlait peu d’argent et on le montrait peu, hors lors des paris, courant ici, car il fallait bien que nos «sauvages » eurent quand même quelques vices, bien réels cette fois.

Les données sur le couvert végétal, grâce aux prélèvements de pollens dans les tourbes des lagunes (voir le graphique en première page), sont précises et nous montrent une toute autre vision de ce que serait la forêt landaise si demain, le pin n’était pas replanté partout. Car oui, contrairement à une assertion répétée sur des pancartes en bord de forêt landaise dans les mois qui suivirent la tempête de janvier 2009, il y a une forêt sans les forestiers. Mais ce n’est pas la forêt industrielle dont ils sont les zélateurs, car le pin ne serait que secondaire sans l’intervention humaine, derrière des chênes vrais maîtres de l’espace landais.

7) En conclusion

Voici des indications bibliographiques en vrac sur lesquelles repose ce court article sur un sujet qui vaudrait bien un livre :

_ Histoire de la forêt landaise, du désert à l’âge d’or, de Jacques Sargos, publié aux éditions Horizon Chimérique, réédité régulièrement

_ Voyage au cœur des Landes, de Jacques Sargos, publié en 1984 aux éditions Horizon Chimérique

_ Le pin de la discorde, de Francis Dupuy, publié aux Éditions de la Maison des sciences de l’homme en 1996, consultable en ligne

_ Clochers et troupeaux : les communautés rurales des Landes et du Sud-Ouest avant la Révolution, d’Anne Zink, publié par les Presses Universitaires de Bordeaux en 1997, consultable en ligne

_ L’imaginaire contemporain des Landes de Gascogne, par Marie-Dominique Ribereau-Gayon, paru aux éditions du CTHS en 2011

_ La Grande Lande : histoire naturelle et géographie historique, actes du colloque de Sabres de 1981, publiés par le CNRS en 1985, dont une partie est consultable en ligne

_ De la lagune à l’airial, le peuplement de la Grande Lande, actes du colloque de Sabres de 2008, publiés par Aquitania en 2011.

_ Landes et Chalosses, ouvrage collectif paru aux éditions du SNERD en 1984

_ les différents actes de colloques parus dans la collection « Colloques et travaux » publiés par le Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne

_ les bulletins de la Société de Borda

_ les ouvrages de Pierre Toulgouat

_ les données sur le peuplement ancien des Landes mises en ligne sur Archeolandes ou sur le Club Dubalen.

Pour finir, même si ça parait un peu ardu de prime abord, voici la conclusion de l’article « La fin du paradigme du désert landais : histoire de la végétation et de l’anthropisation à partir de l’étude palynologique de quelques lagunes de la Grande-Lande » par Elodie Faure et Didier Galop (labo GEODE, Univ.Toulouse 2), paru dans l’indispensable « De la lagune à l’airial » cité plus haut, actes du colloque de Sabres (nov. 2008), Aquitania, Pessac, 2011, pp.43-59 :

« Sur  l’histoire  de  la  végétation,  les  données  polliniques démontrent l’existence d’une couverture forestière  importante  et  diversifiée  (chêne,  orme,  tilleul, frêne, hêtre) durant la première moitié de l’Holocène.
(…) Le début de l’Holocène est caractérisé par l’existence d’une importante pinède (l’ “ancienne pinède” du géographe Louis Papy) qui n’a été  remplacée  par  une  chênaie  riche  en  arbres  et  arbustes  héliophiles  que  vers  8000-7500  avant  le  présent. Bien que soumise à des déboisements réguliers à partir du Néolithique final, cette couverture forestière a  persisté jusqu’à l’aube du Moyen  Âge, période à partir de laquelle une intensification des activités humaines a entraîné dans certains secteurs sa disparition pour laisser la place aux landes.
Enfin, pour ce qui est des rythmes et processus de l’anthropisation de la Grande-Lande, les données palynologiques indiquent une anthropisation ancienne, remontant à la première moitié du Néolithique ancien pour une période constituant encore un point aveugle au niveau des connaissances archéologiques. À partir du  Néolithique  final,  l’occupation  semble  pérenne.
Elle s’intensifie dès la Protohistoire, pour atteindre un point  culminant  durant  la  période  médiévale.  Ces rythmes  font  écho  à  ceux  observés  dans  le  Sud  de l’Aquitaine,  en  particulier  sur  le  versant  nord  des Pyrénées  occidentales.  L’image  de  la  Grande-Lande s’en trouve ainsi quelque peu modifiée : loin d’avoir été un espace marginal ou inhospitalier, elle apparaît au  contraire  comme  un  zone  sans  doute  densément peuplée et exploitée dès la fin du Néolithique. »

Holocène : ère qui a débuté après la dernière glaciation il y a 10 000 ans et dans laquelle nous vivons toujours.

Si vous êtes en train de lire ce blog, c’est qu’en principe, le Patrimoine de votre région vous intéresse -à moins que votre passage ici ne soit lié à un caprice des moteurs de recherches et à une indexation hasardeuse-.

A moins que ce ne soit déjà le cas, nous vous recommandons d’intégrer le réseau associatif des sociétés savantes régionales afin de vous permettre non seulement de vous tenir au courant de la vitalité des recherches locales, mais aussi éventuellement de vous permettre de publier sur un sujet qui vous intéresse.

En Aquitaine, quel que soit le département où vous vous trouvez, il y en aura au moins une pour satisfaire votre curiosité. Wikipédia en dresse une liste non exhaustive : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_soci%C3%A9t%C3%A9s_savantes_d%27histoire_et_d%27arch%C3%A9ologie_en_France

Créée en 1876, la Société de Borda est aujourd’hui forte d’environ 1200 adhérents, soit une des plus importantes du Sud-Ouest. Chaque trimestre, elle publie un bulletin, regroupant des articles richement documentés (illustrations en noir et blanc et en couleur) sur des thématiques aussi diverses que l’Histoire, la Géographie, la Botanique, la Géologie, l’Archéologie, le Folklore etc. en relation avec le département des Landes. Hélas, beaucoup de landais, surtout à Mont-de-Marsan et ses environs, imaginent que la Société de Borda née et basée à Dax, n’est qu’un regroupement d’érudits dacquois vieillissant devisant entre eux du Patrimoine de Dax. Que nenni! Si la Société de Borda est bien née à Dax, la grande majorité des articles publiés ne traitent pas de Dax. De plus, la Société de Borda tient des réunions mensuelles publiques et gratuites un peu partout dans les Landes avec des conférences en relation avec la commune d’accueil ou son terroir proche. Enfin, si effectivement, à l’instar des sociétés savantes en général, la moyenne d’âge des adhérents et élevée, le Président actuel -et une bonne partie des membres du Conseil- a moins de 60 ans. Par ailleurs, des étudiants présentent régulièrement leurs travaux au cours des réunions mensuelles ou assistent en spectateurs à ces dernières.

L’adhésion se fait par paiement d’une cotisation annuelle qui donne droit à réception des bulletins trimestriels. Alors, n’hésitez plus, agissez pour votre Patrimoine et la sauvegarde de la mémoire de votre terroir et adhérez à la Société de Borda!

Lien : http://www.societe-borda.com/

 

Post Scriptum : nous avons rédigé ce billet en réaction d’une certaine manière à des « landais » du pays de Maremne vus dans un reportage récemment sur la chaine M6 (la rediffusion en ligne du reportage : http://www.m6replay.fr/emissions/#/zone-interdite/11305138-invasion-de-touristes-quand-les-habitants-se-revoltent). Ils se prétendaient landais, fiers de leur « identité », rejetant touristes et tout ce qui n’était pas à leurs yeux « landais », n’hésitant pas à dégrader des véhicules ou limitant finalement leur seule vision du Patrimoine local à des vagues et des bouts de plage qu’il faudrait à tout prix défendre contre d’improbables envahisseurs. Nous doutons fort qu’avec une telle optique, ces personnes adhérent un jour à la Société de Borda comme action « positive ». Mais il nous est apparu important de montrer aux lecteurs de ce blog que l’on peut aussi aimer un terroir et agir intelligemment. Les Landes n’ont aucune historicité, c’est un territoire créé de toute pièce arbitrairement à la Révolution. Tout en rejetant toute forme de xénophobie et de localisme, s’il avait été juste d’un point de vue historique de mettre en avant un territoire, ces bien tristes sires auraient été bien avisés de parler éventuellement de Gascogne. Mais quand on voit que les plaques d’immatriculation 32 (Gers) étaient arrachées au même titre que des plaques plus lointaines, on comprend à quel point leur connaissance de l’identité landaise, de l’Histoire de leur terroir est proche du néant. Même le chant qu’ils ont entonné n’était pas l’hymne landais pourtant bien connu dans le département, chanté par les anciens dans les réunions de famille ou à un comptoir de bistrot après une partie de quille ou de belote.

En 2011 et 2012, une exposition sur l’Age du fer dans les Landes de Gascogne a été présentée dans le Pavillon des Landes de Gascogne de l’Écomusée de Marquèze : « Six pieds sous terre, il y a 3000 ans : archéologie des Landes de Gascogne« . Cette exposition inédite était motivée par la tenue en juin 2011 d’un colloque de l’AFEAF (Association Française pour l’Etude de l’Age du Fer) à Bordeaux. Montée à l’initiative du Service Régional de l’Archéologie et de l’Université de Bordeaux 3, avec la complicité du Centre de Recherches Archéologiques sur les Landes, elle permit de faire le point sur un siècle de recherches sur un territoire vaste, allant de la vallée de l’Adour à la pointe du Médoc, en passant par la vallée de l’Eyre et le littoral aquitain.

A cette occasion, un livret de 70 pages fut publié, co-écrit par Marie Bilbao et Hervé Barrouquère, les deux commissaires de cette exposition et tous deux membres du Centre de Recherches Archéologiques sur les Landes.

Tiré à peu d’exemplaires, nous avons appris cette semaine qu’il n’était plus en vente depuis l’année dernière. Le Club Dubalen, après concertation avec les auteurs, vous propose donc de le télécharger ici :

http://clubdubalen.fr/bibli/6pst.pdf