Des recherches actuellement menées dans la vallée de la Garonne révolutionnent notre vision du fleuve (source : http://www.sudouest.fr/2017/04/29/la-quete-des-ports-perdus-3404990-2939.php?xtcr=3) :

Gironde : la quête des ports perdus

Publié le par GAËLLE RICHARD.
Gironde : la quête des ports perdus
Anne Colin, maître de conférence en archéologie à l’Université Bordeaux-Montaigne : « On se rend compte à quel point l’activité humaine a modifié le fleuve »

photo Laurent Theillet

Une équipe de chercheurs travaille sur l’impact de l’homme sur le fleuve. Elle a trouvé des ports disparus et a pu dater le premier mascaret à Cadillac.

Un port médiéval dans le bourg de Latresne totalement inconnu au bataillon, le mascaret qui n’existait pas à Cadillac ou des navires coulés à Portets… Ils dénichent des trouvailles surprenantes. Une quinzaine de chercheurs de l’Université Bordeaux-Montaigne et du CNRS, réunis au sein de l’Institut Ausonius, se sont lancés depuis six mois dans l’étude de l’impact de l’homme sur le fleuve.

Leur projet, Portage (Ports et aménagements fluviaux de la Garonne et de l’estuaire) se donne pour objectif de comprendre comment la construction des ports, cales, remblais, etc., a influé sur le milieu naturel. Ce travail a été mis en place pour répondre à un appel à projet de la région Nouvelle Aquitaine pour étudier les processus de construction des paysages fluvio-maritimes à travers les espaces portuaires depuis l’Antiquité jusqu’au XXe siècle. Vaste programme que les chercheurs étudient depuis quinze ans (lire encadré) mais jamais sous cet angle.

Bateaux coulés et procès

Anne Colin est chef du projet Portage. Vincent Joineau est chercheur post-doctorant en archéologie fluviale et industrielle. Leurs collègues proviennent de Bordeaux mais aussi de Toulouse, La Rochelle et de la Drac (Direction régionale des affaires culturelles). Ils partent de questions précises et localisées et tente d’y répondre grâce à l’arsenal de leurs méthodes de recherches. Comment se fait-il, par exemple, qu’à Langoiran et à L’Isle-Saint-Georges, on retrouve des traces de structures portuaires à 1,5 km du fleuve ? « Quand on remonte le temps, on se rend compte que les paysages ont changé, explique Vincent Joineau. La bathymétrie (mesure de la profondeur et des reliefs des cours d’eau et océans, NDLR) est différente. À certains endroits, l’eau pénétrait autrefois plus loin dans les terres. »

À Latresne, il existe, quelque part enfoui, un ancien port au beau milieu du bourg. Pourtant, aucune trace n’en laisse supposer l’existence. Il existait trois ports en bord de Garonne sur la commune, mais celui-ci serait situé dans le village. « J’ai retrouvé, assure Vincent Joineau, un plan du XIXe siècle qui me permettra de le localiser. Pour cela, je suis en train de recouper plusieurs documents médiévaux. Il s’agissait d’un port au fond d’un estey (un ruisseau) qui servait de refuge mais il y avait visiblement une petite activité. »

Non loin de là, à Portets, le quadragénaire a découvert des épaves de bateaux délibérément coulés par les paysans au XVIe siècle. « J’ai trouvé des plans du XVIIIe siècle aux Archives départementales, explique-t-il, qui me permettent de comprendre que les paysans ont fait sombrer des navires pour fermer le chenal afin que l’île devant Portets finisse par être rattachée à la terre ferme. Cela augmentait la surface agricole utilisable. Ainsi, la propriété desdites terres passait du roi à la communauté villageoise. » Malin, mais le pouvoir royal ne l’a pas entendu de cette oreille et les a poursuivis en justice. Le procès s’est déroulé sur 400 ans !

Le chenal en question

« J’ignore encore l’endroit précis où se trouvent les épaves. Des analyses géomorphologiques me permettraient de déterminer un périmètre, précise le chercheur. En revanche, à Preignac et Paillet, je peux localiser quatre bateaux à 50 m près car j’ai les plans du XVIIIe siècle. »

L’Institut Ausonius a en outre pu dater le tout premier mascaret apparu à Cadillac. « D’après les archives de Ponts et Chaussées, annonce Anne Colin, la première fois que ce phénomène a été observé à Cadillac c’était en 1893. Pas avant. Jamais en amont de Rions. Il y avait un seuil rocheux et des îles à cet endroit. C’était d’ailleurs l’enfer des marins, les vagues de l’océan venaient casser sur ces hauts-fonds. Mais à partir de 1840, l’homme a commencé à draguer pour réaliser le chenal de navigation. Il a créé une sorte d’autoroute pour l’eau. Les vagues ont alors pu s’engouffrer dedans et l’on a vu le mascaret à Cadillac. »

Les chercheurs utilisent trois techniques : les archives, le travail de terrain (prospection par bateau, fouilles archéologiques et géomorphologie) et images laser aéroportées ou satellite.

« On se rend compte à quel point l’impact humain a modifié le paysage jusqu’en Lot-et-Garonne, s’enthousiasme Anne Colin. Entre 1905 et 2017, de Langon au bec d’Ambès, le lit de la rivière a baissé de 2 à 10 mètres. La largeur de la rivière a diminué mais le tirant d’eau des bateaux est plus important. En 1830, les berges de la Garonne étaient en pentes douces. Aujourd’hui, ce sont des berges abruptes qui s’effondrent. »

Au cœur de cette situation dans la partie de Garonne entre Bordeaux et Agen : le dragage du chenal. « Je ne me doutais pas de l’ampleur du phénomène en 150 ans. Le but était d’améliorer la navigation mais elle a vite été concurrencée et dépassée par le chemin de fer. » Vincent Joineau rajoute : « Cela a tout de même stimulé le trafic et donné naissance aux Chantiers Tramasset, à Langoiran. Mais l’activité des nombreux chantiers navals sur la Garonne a été mise à mal par la Première guerre mondiale. En somme, les travaux de chenalisation n’ont servi réellement que pour une cinquantaine d’années. »

Les chercheurs sont à la recherche de témoignages ou archives qui pourraient faire avancer leurs recherches.

Incroyable découverte révélée seulement aujourd’hui (source : dépêche APF : https://www.afp.com/fr/infos/334/un-megalithe-inedit-mis-au-jour-dans-les-landes) :

Un mégalithe inédit mis au jour dans les Landes.

APF_France_Nouvelle Aquitaine_Samedi 1er Avril 2017 (mis à jour à 13h15)

Une équipe d’archéologues amateurs a découvert dans les dunes côtières de la commune de Mimizan (Landes) un ensemble mégalithique étonnant. C’est au milieu du massif dunaire, après une des tempêtes hivernales caractéristiques de cette partie du golfe de Gascogne, qu’un groupe de chercheurs emmenés par l’archéologue Pierre Labedun s’est aperçu que l’action conjuguée du vent et des abondantes précipitations avait dévoilé un édifice jusque là non visible en raison de l’imposante couche de sable. Après plusieurs semaines de labeur, l’intégralité du mégalithe a été dégagée laissant apparaître un assemblage remarquable de blocs de pierre formant une sorte d’allée couverte.

D’orientation ouest-est, l’entrée du couloir se trouve côté océan. A l’opposé, au fond de l’édifice, une salle de petite taille se trouve presque complètement plongée dans l’obscurité. Pierre Labedun, qui prépare actuellement une publication sur cette découverte, nous apporte son interprétation : « Il est évident que nous ne sommes pas là en présence d’un dolmen ou d’une allée couverte liée au besoin de protéger un espace funéraire. Nous avons mis en évidence lors de la fouille de la salle côté est, la présence d’armatures de silex finement taillées issues de harpons. L’océan à l’époque de l’édification du monument, il y 5000 ans, était beaucoup plus proche qu’aujourd’hui dans cette zone, les vagues venaient lécher le bas de la dune juste devant. Cette structure est à la fois liée au culte de l’océan et probablement à une pratique archaïque du surf casting. » Les archéologues régionaux interrogés à ce sujet ne partagent pas tous cette interprétation et accusent le chercheur de surinterpréter ce qui ne serait qu’un dolmen comme il y en a tant dans l’ouest français. A peine décontenancé et dénonçant des querelles partisanes, Pierre Labedun estime être humble devant les données du terrain. Il va plus loin : « Quand on voit le succès du surf casting aujourd’hui et de la pêche en général depuis des siècles dans cette partie du sud-ouest, il est évident que c’est une pratique clairement inscrite dans l’inconscient collectif des Landais, voire même inscrite dans leur patrimoine génétique. Cela ne peut que constituer une réminiscence de pratiques préhistoriques. » A l’appui de son hypothèse audacieuse, le chercheur a livré un scoop : la découverte d’une gravure ornant le plafond de la salle est de l’édifice, peu équivoque et peu suspecte de surinterprétation. Pierre Labedun conclut : « Il y a fort à parier qu’il s’agissait d’une pêche saisonnière, pratiquée exclusivement lors de la remontée d’une variété disparue de poisson, la louvine bobarde, qui venait frayer au tout début du mois d’avril sur la côte landaise. »