S’il existait jusque là quelques publications relatant l’histoire du pot à résine, nul auteur ne s’était lancé dans la rédaction d’une monographie sur le sujet. C’est chose faite à présent. Pour rappel, le pot à résine est un récipient conique en terre cuite (au moins au départ, il évoluera plus tard en ciment, plastique et même en verre au Portugal) destiné à recueillir la lymphe du pin (et non la sève), plus connue sous le nom de résine. Il en découle que ce pot est un élément central de la vocation industrielle de la forêt landaise, surtout de 1870 à 1950, puisque la résine une fois distillée entrait dans la fabrication de nombreux dérivés chimiques, grâce à ses deux produits obtenus après distillations, la colophane et la térébenthine. Une belle histoire dont la fin fut accélérée d’abord par la concurrence de produits résineux étrangers très compétitifs (Portugal, Espagne, Grèce et Chine) et définitivement anéantie par la concurrence des produits de synthèse issus de la pétrochimie, bien moins chers bien que moins performants.

Si dans un premier temps la récolte de la résine sur pin vif (on ne coupe pas le pin pour la récupérer, contrairement à la production de goudron ou de poix se faisant sur pin mort) nécessitait de creuser une cavité à la base de l’arbre, tapissée ensuite d’argile, le rôle fondamental d’un inventeur vers le milieu du XIXe révolutionnera considérablement la production. Pas tout de suite, mais c’est une autre histoire, sans doute développée dans l’ouvrage suivant :

pot

Un article paru dans Sud Ouest (source : http://www.sudouest.fr/2016/04/20/la-sorcellerie-sabbatique-n-a-pas-du-tout-existe-2335854-4018.php) annonce la présentation prochain d’un ouvrage prometteur sur la répression subie au Pays Basque au XXe, euh…non, pardon, au XVIIe siècle. 😉

Entre Inquisition et soupçons des autorités publiques vis-à-vis d’un territoire frontalier insaisissable dans sa culture et ses pratiques, l’auteur démêle le vrai du faux pour mieux remettre en cause certaines idées reçues quant à la chasse aux sorcières qui s’est déroulée au début du XVIIe siècle, tant dans les provinces basques du nord que dans celles du sud. A l’instar de ce que répètent régulièrement les mouvements néopaïens ou la Wicca, l’auteur réfute l’existence pour cette période de pratiques démoniaques, la sorcellerie étant avant tout histoire de pratiques de guérison (ou d’envoûtements) mi-magiques, mi-herboristes. La sorcière en basque, « sorgin », serait étymologiquement, d’après le linguiste Michel Morvan dans « Les origines linguistiques de la langue basque » rien de moins que l’accoucheuse, c’est à dire la sage-femme (de « sor » naître et « gin » qui fait). Certains auteurs expliquent également qu’avec l’installation progressive d’une pratique médicale codifiée et masculine dans l’Europe des XVIe-XVIIIe siècles, les médecins se seraient retrouvés en concurrence avec les sorcières et la répression aurait été facilitée par ce climat mi-rationaliste mi-misogyne. L’Inquisition et ses agents monomaniaques (pour ne pas dire complètement déments pour quelques uns) ajoutant  dans le même temps une dose de diableries…

Bref… )O(

L’ouvrage sera présenté samedi 23 avril, de 17 heures à 20 heures, lors d’une conférence à la médiathèque d’Hendaye.

Pays basque : « La sorcellerie sabbatique n’a pas du tout existé »

Beñat Zintzo-Garmendia n’est pas superstitieux. Mais il vaut toujours mieux avoir un peu d’ail pas loin...
Beñat Zintzo-Garmendia n’est pas superstitieux. Mais il vaut toujours mieux avoir un peu d’ail pas loin…
(c)jean-pierre fournes

L’érudit Beñat Zintzo-Garmendia a écrit « Histoire de la “sorcellerie” en Pays basque : les bûchers de l’injustice ». Il présentera son livre samedi à Bayonne et Hendaye

Trente-cinq années de recherches ont abouti à un impressionnant ouvrage de près de 800 pages, intitulé « Histoire de la “sorcellerie” en Pays basque : les bûchers de l’injustice ». C’est l’historien, géographe, anthropologue et ancien enseignant en géopolitique, Beñat Zintzo-Garmendia, qui plonge le lecteur dans des zones (Labourd, Navarre, Logroño, Zugarramurdi) où la « chasse aux sorcières » était devenue une coutume au début du XVIIe siècle.

© Photo DR

À l’invitation de l’association hendayaise Akelarre, Beñat Zintzo-Garmendia présentera son livre pour la première fois, ce samedi 23 avril, de 17 heures à 20 heures, lors d’une conférence à la médiathèque d’Hendaye. Il sera le matin même en dédicace à la librairie de Bayonne Elkar (de 10 h 30 à 13 heures). Son périple l’amènera également à la résidence Mer et Golf, 84 avenue des Mimosas à Hendaye, lundi 25 avril à 17 heures, puis au Musée basque de Bayonne, le mardi 26, de 18 h 30 à 20 heu-res.

« Sud Ouest ». Pourquoi cet attachement très fort au Pays basque et son histoire, vous qui êtes toulousain ?

Beñat Zintzo-Garmendia. J’ai des origines basques très très lointaines. J’ai toujours vécu en région toulousaine, mais je suis tombé dans la culture basque très jeune. À 13 ans, je faisais du folklore basque (j’en fais toujours au sein de l’association toulousaine Eguzki Loreak) et j’ai voulu très rapidement savoir ce que pouvaient représenter ces danses qui me semblaient très bizarres.

On m’a dit que si je voulais comprendre, je n’avais qu’à chercher par moi-même ! Je me suis pris au jeu et quand je suis parti à l’université en faculté d’histoire, je n’avais qu’un objectif, travailler sur le Pays basque. J’ai fait le cycle classique jusqu’à une thèse sur le Nouveau Régime et l’Inquisition au Pays basque.

Cet ouvrage monumental part donc des inquisiteurs ?

Il y a deux parties. Deux chasses aux sorcières distinctes. La première évoque les procès en Labourd avec les juges royaux, qui sont des laïques et qui n’ont rien à voir avec l’Inquisition, ce ne sont pas des ecclésiastiques. Ils sont magistrats du parlement de Bordeaux. C’est eux qui vont laisser la légende noire des sorcières au Pays basque.

Simultanément, il va y avoir des procès de sorcellerie par l’Inquisition de Logroño, qui va juger différemment. Elle va croire, elle aussi, aux sorcières, mais sans envoyer systématiquement au bûcher les personnes accusées de sorcellerie.

« Il y avait beaucoup de délateurs mais jamais d’aveux des sorciers présumés, même sous la torture »

Selon vous, la sorcellerie n’existe donc pas…

Absolument. C’est très clair et j’ai proposé déjà pas mal de conférences sur le sujet entre 2012 et 2014. On a absolument tous les éléments, à condition d’arriver à lire des archives difficiles à comprendre. On a notamment des documents de contre-enquête, trois années plus tard, qui concluent à une erreur de justice. On se rend compte avec les témoignages qu’il y avait beaucoup de délateurs mais jamais d’aveux des sorciers présumés, même sous la torture. Ceux qui voudraient prétendre que la sorcellerie sabbatique a réellement existé à l’aube du XVIIe siècle, ce serait faire une erreur historique. Les Basques avaient des croyances, mais ce ne sont pas eux qui ont initié les procès pour sorcellerie sabbatique. Ils sont le résultat d’une élite apeuré qui a développé cette conception de crimes contre Dieu et/ou contre le roi.

Qu’appelez-vous la sorcellerie sabbatique ?

Elle n’a rien à voir avec la personne dite « sorcière » de village. Celle qui a des compétences bénéfiques ou parfois maléfiques, qui sait utiliser des potions ou autres. On peut éventuellement parler de guérisseur. Ce n’est pas reproché au Pays basque à l’époque, même si on le voit parfois dans des livres d’histoire et c’est une belle bêtise. Non, la sorcellerie sabbatique, celle qui est pourchassée, c’est celle qui amènerait les gens à adorer le diable en reniant Dieu. On les accuse d’avoir passé un pacte avec le démon, de participer à des orgies, etc.

Quelle période traitez-vous ?

Les procès de sorcellerie, de 1609 à 1612. ça démarre par une rivalité clanique, entre seigneurs de Saint-de-Luz et d’Uturbie qui vont s’accuser mutuellement. Et le roi enverra sa commission royale.

Combien de victimes ?

En Pays Basque sud, pour la justice inquisitoriale sise à Logroño, il y aura 11 condamnations à mort les 7 et 8 novembre 1610. En Labourd, avec les magistrats laïques commissaires au nom du roi, 80 exécutions sont attestées selon des témoins de l’époque, durant les quatre mois de commission royale, jour pour jour. Et on ne compte pas toutes les personnes mortes en prisons ou exécutés sommairement par des justices villageoises improvisées…

Savez-vous qu’en 2015 au Zimbabwe on a encore exécuté des gens sommairement dans les villages pour sorcellerie ?