Paru initialement dans le bulletin de la Société Historique et Archéologique d’Arcachon en 2007. Merci à l’auteur de l’article de nous avoir permis de le publier sur ce blog. Première partie déjà publiée ici.

Les sépultures du Premier Age du Fer autour du bassin d’Arcachon et de la basse vallée de la Leyre (800-420 avant J.-C.), par Marie BILBAO – Deuxième Partie

V. Résultats de l’étude des ensembles funéraires de la basse vallée de la Leyre

  1. LES STRUCTURES FUNERAIRES 

a) Les structures tumulaires

La taille des tumulus est très variable : ces derniers mesurent entre huit et trente-quatre mètres de diamètre. La hauteur est difficile à appréhender, l’érosion ayant peut-être eu un rôle à jouer dans la conservation des structures tumulaires. Le tumulus le plus haut mesure deux mètres cinquante alors que le moins proéminent est à peine marqué par un relief. Il reste difficile de tirer des conclusions de ces informations car la conservation différentielle des structures peut amener à des erreurs d’interprétation. En effet, on ne note aucune cohérence entre le diamètre des tumulus et leur hauteur conservée. Par exemple, le tumulus D de la nécropole de Pujaut possède un diamètre de quinze mètres (jugé assez important) alors que B. Peyneau indique qu’il n’avait aucun relief[1]. La question de la conservation de la structure tumulaire doit donc être posée. En parallèle, on a découvert, au sein des nécropoles tumulaires, des structures totalement dépourvues de mobilier ou d’un quelconque matériel anthropique. B. Peyneau a donc soulevé la question de l’existence de tumulus cénotaphes. Cependant, ces structures ont été récemment assimilées (lors de la fouille du tumulus S des Gaillards par S. Schwaller[2]) à de petites dunes s’étant formées par hasard sur le site et de manière totalement naturelle.On voit donc que la question de la taille des tumulus pose problème : outre les problèmes de conservation différentielle des monuments, l’existence de dunes naturelles peut amener à des conclusions faussées par une documentation mal interprétée. En ce qui concerne le creusement des tumulus, nous avons pu noter l’existence de deux groupes : les tumulus peu creusés, dont la profondeur est inférieure à 0,50 m ; et les tumulus creusés jusqu’à l’alios, dont la profondeur avoisine 0,50-0,60 m.

Les structures en garluche sont très rares dans la région d’Arcachon alors que ces dernières sont de plus en plus fréquentes et complexes au fur et à mesure que l’on descend vers de sud de l’Aquitaine. Seuls trois tumulus présentent ici de telles structures : il s’agit des trois tumulus de la nécropole de Houn de la Peyre.

Seuls quelques tumulus semblent présenter des fossés d’entourage mais là encore les données anciennes peuvent nous induire en erreur : il est donc possible que les fossés aient été plus nombreux mais qu’ils n’aient pas été décelés par B. Peyneau.

L’étude des tumulus a amené à en faire une typologie (figure 1) très simple et qui sera sûrement amenée à être complétée et corrigée si de nouvelles fouilles sont un jour organisées :

– Type 1a : creusement peu profond (inférieur à 0,50m.)

– Type 1b : creusement peu profond (inférieur à 0,50m.) + garluche

– Type 2a : creusement profond (0,50m au minimum)

– Type 2b : creusement profond (0,50m au minimum) + fossé

– Type 3 : non creusé

Une dernière remarque concerne le seul exemplaire de tumulus non creusé[3]. En effet, la fouille de ce tumulus a révélé deux sépultures, dont une du Premier Age du Fer. Cette dernière est placée comme une sépulture secondaire dans la masse tumulaire alors que le tertre ne présente aucune sépulture centrale. De plus, la stratigraphie présentée dans le rapport de fouille[4] peut amener à penser qu’il s’agissait d’une dune naturelle. On

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Figure 1 : typologie des tumulus

peut donc se demander si certaines dunes naturelles n’auraient pas été utilisées bien  après leur formation. Bien qu’hypothétique, cela amène à se poser la question des critères de choix précédant la mise en terre des restes du défunt mais également celle de la présence ou non d’autres structures en matériaux périssables indiquant les tombes[5].

b) Les tombes en fosses

Les tombes plates sont caractérisées par la présence d’une fosse, où est placée l’urne cinéraire. Ces fosses, bien que rarement fouillées de manière minutieuse, semblent correspondrent à deux types, caractérisés par leur comblement. Malheureusement, les fouilles récentes, uniquement préventives, n’ont pas eu le temps de s’attarder sur ce point : les seules remarques faites concernaient la visibilité de la fosse. B. Peyneau, quant à lui, a réussi à définir pour la nécropole du Truc du Bourdiou des fosses remplies de sable qu’il dit naturel et de sable charbonneux.

La question de la fosse sépulcrale et de son comblement peut paraître anodine, mais elle peut toutefois apporter des informations sur les pratiques funéraires. Certains croquis, notamment ceux de A. Coffyn lors de sa fouille de la nécropole de Balanos en 1974[6], semblent montrer que certaines fosses possédaient, dans leur fond, une concentration importante de charbons. La situation de la zone charbonneuse, passant sous l’urne, nous permet d’affirmer que la fosse avait été remplie d’un peu de terre charbonneuse avant la mise en place de l’urne cinéraire. Toutefois, le manque de documentation ne nous permet pas de tirer davantage d’informations de ces données. Cela nous permet toutefois de comprendre progressivement et avec plus d’exactitude des gestes liés à la mise en terre d’un défunt.

Outre les fosses funéraires, les nécropoles de tombes plates ont livré des structures dont la fonction reste encore obscure. Il s’agit de fosses, comblées de sable et présentant une concentration de charbons très importante. Ces fosses semblent n’avoir livré que très peu de matériel anthropique, mais seules les fouilles de B. Peyneau nous apportent des informations sur ces dernières. En effet, les fouilles préventives récentes ont seulement mis en évidence ces fosses, et une seule a été fouillée de manière partielle.

Ces fosses posent souvent problème. Dans la nécropole du Truc du Bourdiou (figure 2), leur nombre est très important, mais selon leur taille, toutes n’ont pas pu servir d’ustrina[7]. Il serait intéressant, à l’avenir, de tenter de mieux comprendre ces fosses, peut-être en travaillant d’abord sur leur morphologie et sur le matériel, si peu nombreux soit-il, qu’elles nous livrent (quelques esquilles osseuses et quelques micro-tessons). Les nécropoles de tombes plates ont également livré des structures de pierres. La plupart de ces dernières ne nous sont pas parvenues intactes. Néanmoins, certaines, mieux conservées, nous apportent des informations précieuses.

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Figure 2 : nécropole du Truc du Bourdiou, plan d’après B. Peyneau

A l’heure actuelle, seule la nécropole de Balanos n’a livré aucune structure de ce type, mais la proximité d’une route et les dégâts qu’elle a subi lors de la construction de cette dernière peut nous faire penser que ces dernières ont pu être endommagées. La nécropole du Martinet, quant à elle, a livré quelques structures de pierres : en forme de demi-cercle, elles n’entourent pas que les sépultures, mais circonscrivent également des fosses remplies de charbons.

Notre compréhension de ces entourages de pierre et de leur relation avec les tombes et les fosses est très limitée. Leur mauvaise conservation rend plus difficile le travail à ce sujet. Même si ces structures ne sont pas toujours bien conservées, il est assez facile de les rapprocher de celles rencontrées dans d’autres nécropoles de tombes en fosses (exemple de la nécropole de Laglorieuse –Landes- en cours de publication)[8].

La nécropole du Truc du Bourdiou a livré des structures en pierres complètement différentes. Il semble que la structure la plus commune consiste en une enceinte de pierre, véritable petit muret, regroupant des sépultures mais également des fosses. On remarque, de plus, que certaines fosses sont plus anciennes et sont situées sous les murets. L’entrée de ces enceintes est marquée par des bornes de pierres.

  1. Pratiques Funéraires

a) La crémation et le bûcher funéraire.

Nos connaissances sur le sujet sont peu développées. Les traces du bûcher funéraire sont surtout visibles dans les nécropoles tumulaires : on découvre généralement au sein de la masse tumulaire une ou plusieurs zones charbonneuses épaisse de quelques centimètres (figure 3). Pour ce qui est des nécropoles implantées sur des terrains argileux, on constate l’existence d’une plaque de terre cuite que B. Peyneau interprétait comme des sols d’habitations. Ce dernier a également découvert des poutres et des essences de bois carbonisées dans certaines structures tumulaires. Nous ne sommes pas en mesure de donner des informations sur les bûchers relatifs aux nécropoles de tombes en fosses, les données étant trop partielles pour se risquer à  en tirer des conclusions. Toutefois, il est probable que certaines des fosses à charbon découvertes à proximité des tombes aient eu à tenir ce rôle. Les découvertes à venir viendront peut-être nous éclairer sur le sujet.

En ce qui concerne la crémation propre, nous ne pouvons trop nous prononcer, aucune étude anthropologique n’ayant été menée sur le sujet. Toutefois, les esquilles osseuses retrouvées dans les urnes nous amènent à penser que les ossements ont subi un traitement thermique (jet d’eau sur le bûcher par exemple) ou mécanique après crémation : en effet, une crémation n’amène pas à l’éclatement des ossements (excepté le crâne).

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Figure 3 : utilisation d’un tumulus

b) dépôt du mobilier funéraire

Dans la tombe, les éléments céramiques peuvent s’organiser de diverses manières. Voilà les cas les plus fréquents :

– urne et couvercle : 71 cas sur 119 (cas où le mobilier est connu en intégralité)

– une urne et un vase accessoires : 9 cas sur 119

– urne, couvercle, vase accessoire : 35 cas sur 119

Généralement, l’urne cinéraire, recouverte par un plat tronconique renversé[9], contient (en plus des ossements) le vase accessoire. Cependant, dans les tombes dites « doubles », on remarque que le vase accessoire est placé entre les deux urnes composant la sépulture. A l’heure actuelle, les vases accessoires extérieurs à l’urne cinéraire correspondent toujours à ce type de tombe. La sépulture du tumulus O de la nécropole des Gaillards présente une configuration unique : le vase accessoire se situait en effet entre les deux couvercles, posés en sens inverse l’un sur l’autre.

Le mobilier métallique, quant à lui, peut être déposé en divers endroits. On peut le trouver dans l’urne cinéraire, sur le fond du couvercle et, dans le cas des sépultures « doubles », entre les deux urnes. Il nous est impossible de savoir si le dépôt de ce mobilier correspondait à des règles précises, notamment au sujet de sa disposition. De nouvelles fouilles pourraient peut-être nous apporter un complément d’information.

Il est également intéressant de remarquer de B. Peyneau insiste dans son ouvrage sur la découverte de silex dans les tombes. Il affirme que s’il avait été plus attentif, il en aurait sûrement trouvé bien plus. En replaçant cette remarque dans le contexte archéologique de l’époque, on remarque que de nombreuses publications de la première moitié du 20ème siècle font référence à ces silex, que l’on retrouve à la fois dans les nécropoles tumulaires et dans les nécropoles de tombes en fosses.

c) Conclusion : des structures funéraires plurielles

Les deux types de structures funéraires rencontrées s’organisent autour du rituel de l’incinération. Toutefois, les pratiques funéraires diffèrent très légèrement d’un type à l’autre.

– La première différence réside dans le lieu de crémation. En effet, dans les nécropoles tumulaires, la surface du tumulus est creusée et le bûcher funéraire a lieu à cet endroit, le plus souvent sur le côté ouest du tertre. Nous n’avons pas pu identifier de zones de crémation dans les nécropoles de tombes plates, mais cela peut être dû à notre incapacité à les identifier correctement et avec certitude.

– La seconde différence réside dans l’absence de véritable fosse funéraire dans le tumulus. En effet, dans les nécropoles de tombes plates, le mobilier est déposé dans une fosse. D’après B. Peyneau, les tumulus ne semblent pas présenter de structures fossoyées accueillant les restes du défunt. Par contre, une calotte de cendres et de poussières est souvent jetée sur le mobilier funéraire et finit par créer un amas compact. Dans les nécropoles de tombes plates, des cendres semblent parfois être mêlées au remplissage, mais pas dans de telles proportions.

– Les nécropoles de tombes plates pourraient correspondre à deux types : le premier, le plus fréquent, livre des structures de pierres régulières, en demi-cercle, alors que dans le cas de la nécropole du Truc du Bourdiou, les structures sont irrégulières et leur entrée semble être marquée par des bornes.

– Les tumulus livrent des structures regroupant plusieurs sépultures. En général, les tombes secondaires sont placées dans la masse du tertre et non à la base, de part et d’autre de la sépulture centrale. Les tumulus les plus tardifs ne sont pas configurés de la même manière : en effet, toutes les tombes se trouvent à la base. Cela nous empêche en partie de connaître la succession chronologique des sépultures par l’absence de stratigraphie du tertre, bien que la sépulture centrale soit considérée comme la première.

  1. CHRONOLOGIE DES ENSEMBLES FUNERAIRES

a) définition de la chronologie : méthode de travail.

Ce travail sur les nécropoles de la région d’Arcachon, s’il a en partie consisté en une exploitation bibliographique des données, a aussi consisté en une nouvelle étude du mobilier, dont la majeure partie est toujours conservée au Musée Océanographique et Archéologique d’Arcachon. Une moindre partie de ce mobilier est exposée au Musée d’Aquitaine. En premier lieu, il a été nécessaire d’établir une base de données présentant chaque structure. Les fiches de cette base de donnée concernent des aspects de plus en plus précis de l’étude : on s’intéresse à la nécropole, aux structures tumulaires si tumulus il y a, à la sépulture, au mobilier céramique et pour finir au mobilier métallique. Cela permet à l’archéologue une exploitation des données rapide et efficace.

Dessin et analyse du mobilier archéologique

Le mobilier issu des fouilles a de nouveau été étudié précisément : les mesures des vases ont été prises, les dessins jugés insatisfaisants ont été refaits. L’étude de la céramique se concentre sur divers aspects de cette dernière : il ne suffit pas la dessiner, mais aussi d’examiner la pâte, de déterminer le mode de cuisson et parfois, grâce aux marques laissées par le potier, de comprendre les gestes de production. Des fiches raisonnées (figure 4) avaient été préalablement établies afin de perdre le moins de temps possible. L’étude de ces données précises n’aboutit pas toujours à des conclusions satisfaisantes, mais l’archéologue ne travaille pas que pour lui : il est possible que ces données servent à un autre chercheur, aujourd’hui ou dans quelques années, alors que les collections archéologiques subissent souvent des aléas imprévisibles (problèmes de conservation, déplacement du mobilier… qui amène parfois à la perte d’objets).

Tous les objets ont été dessinés à l’échelle 1, sur place, dans les musées, qui n’ont pas vu d’inconvénient à m’accueillir pendant l’année. Le dessin archéologique permet d’appréhender les céramique de manière globale : sur le dessin est présenté un profil du vase et l’épaisseur de ce dernier (l’épaisseur varie souvent entre le col, la panse…). L’autre moitié du dessin permet de présenter l’aspect extérieur de la céramique et le décor lorsque décor il y a. Certains dessins présentent même, grâce à ce que l’on appelle le dessin au point, le volume de la céramique : cette dernière est placée selon un certain angle sous la lumière et l’archéologue représente par une plus grande fréquence de points les parties ombrées. Cela permet une meilleure appréhension de la céramique mais implique un temps de travail important.

Le dessin métallique présente quant à lui les divers profils de l’objet : face, profil, dos selon le type d’objet. Tous ces dessins ont ensuite été repris sur un logiciel de dessin informatique.

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Figure 4 : fiche pré-établie pour l’étude du mobilier céramique

La typologie

Les données métriques relevées sur les vases sont d’un grand intérêt pour le type de travail qui nous concerne. En effet, l’archéologue doit réaliser une typologie de ces vases. Il s’agit de déterminer selon des critères plus ou moins précis (variables d’une étude archéologique à l’autre car il n’existe pas une seule méthode typologique) des classes homogènes de céramiques. Les vases ainsi classés forment des ensembles que l’on considère comme appartenant à la même phase chronologique[10]. Ces vases sont classés selon leur forme générale (figure 5) mais  il est généralement nécessaire de procéder à des calculs simples qui nous permettent d’obtenir des « indices », caractéristiques d’un élément du vase : par exemple, pour calculer l’indice du pied, on divise la hauteur par le diamètre de ce dernier. Chaque élément du vase, qu’il s’agisse de ces indices ou de critères généraux visuels est donc caractérisé (il est important de savoir que ces vases sont montés sans l’aide du tour et ne peuvent donc pas être réguliers : il faut donc utiliser les indices avec parcimonie et pour des éléments de petite taille comme les pieds ou les cols). Au final, on obtient une classification raisonnée des vases (figures 6a, 6b et 6c pour la typologie des grands vases fermés).

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Figure 5 : méthode typologique employée

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Figure 6a : typologie des grands vases fermés (1/3)

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Figure 6b : typologie des grands vases fermés (2/3)

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Figure 6c : typologie des grands vases fermés (3/3)

 

La sériation

La typologie n’est pas un objectif en soi. Comme nous l’avons dit, on considère que des formes identiques correspondent à la même phase chronologique. Précisons toutefois que certaines formes sont utilisées durant de longues périodes et ne sont donc pas considérées comme de bons indicateurs chronologiques. L’archéologue choisit certains critères qu’il considère comme éventuellement typiques d’une phase : il peut s’agir d’une forme céramique mais aussi de la présence/absence de certains objets ; il peut même s’agir d’une seule caractéristique appartenant à un vase. On peut par exemple prendre pour critère les vases accessoires à col haut sans prendre en compte la forme de la panse : en effet, on ne peut affirmer qu’une seule forme céramique existe par phase chronologique.

Après ce choix de critère, l’archéologue réalise un tableau présentant en abscisse les sépultures complètes[11] et en ordonnées les critères qu’il a choisi (figure 7). Il coche ensuite les cases qui correspondent aux critères de chaque sépulture. Il tente ensuite de réaliser, en déplaçant les lignes et les colonnes, de mettre en place une diagonale constituée des cases noircies. Il est possible d’obtenir une diagonale de qualité lorsque les critères choisis sont vraiment de bons indicateurs chronologiques.

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Figure 7 : sériation des sépultures retenues

Pour autant, la diagonale n’est pas parfaite : on remarque que se détachent plusieurs groupes, qui correspondent en fait aux différentes phases chronologiques : grâce à ce tableau, l’archéologue peut savoir quelles sépultures correspondent à quelle phase chronologique et connaître ainsi le mobilier caractéristiques de chaque phase. Pour les sépultures qu’il n’aurait pu prendre en compte, il est souvent possible de déduire la phase chronologique qui correspond simplement par la présence de certains des critères choisis.

b) Les trois phases d’occupation des nécropoles

La sériation a permis de définir trois phases d’occupation des nécropoles (figure 8), chaque phase correspond à une évolution du mobilier archéologique. Malgré de nombreuses tentatives de mise en relation de cette chronologie avec les différentes structures funéraires, peu d’informations ont pu être apportées.

PHASE 1 : 800-650 avant J.-C.

La phase 1, la plus ancienne, est caractérisée par la présence d’une urne cinéraire à panse globulaire, à pied annelée et à grand col évasé. Cette dernière est généralement recouverte d’un plat-couvercle présentant des cannelures internes. Cependant, un autre type d’urne cohabite avec le plat-couvercle à cannelure : il s’agit d’un vase élancé présentant une légère carène sur le haut de la panse.

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Figure 8 : les trois phases d’occupation des nécropoles

 Il est difficile de se prononcer sur la contemporanéité de ces deux types de vases, le type à carène n’ayant jamais été trouvé au côté d’un vase accessoire qui nous aurait peut-être donné plus d’indications. Cependant, la forme générale de l’urne rappelle celles que l’on trouve durant la seconde phase d’occupation et pourraient hypothétiquement correspondre à une phase de transition. Le troisième type d’urne que l’on rencontre est beaucoup plus ouvert mais est aussi associé au plat-couvercle à cannelures. De plus, des exemplaires similaires datés du début du Premier Age du Fer ont été découverts en Lot-et-Garonne.

Le décor des céramiques est généralement composé de cannelures horizontales, parfois accompagnées d’éléments verticaux : cannelures ou impressions à la cordelette.

Le métal est très rare : on note simplement l’existence d’une épingle en bronze de type pyrénéen, datée du début du Premier Age du Fer, et d’anneaux de bronze dont la fonction n’est pas définie.

Pour finir, on remarque la majorité de ces tombes est à rattacher aux nécropoles de tombes en fosse.

PHASE 2 : 650-520 avant J.-C.

La seconde phase est caractérisée par l’utilisation d’urnes de grande taille, au profil élancé. Les couvercles sont rares. Les sépultures de cette phase sont présentes dans les nécropoles de tombes plates mais aussi dans les nécropoles tumulaires, bien qu’en moins grand nombre. Les décors, peu fréquents, sont généralement composés de cannelures et de cupules. On remarque la présence d’un mobilier métallique relatif à la parure : parure vestimentaire (fibules) et parure annulaire (bracelets et torques). Un exemplaire de plaque de ceinturon a également été découvert. Les sépultures ayant livré du mobilier métallique appartiennent toutes aux nécropoles tumulaires. On peut donc se poser la question du statut social  des défunts par rapport à un éventuel choix correspondant au type de nécropole. Cependant, nous ne possédons pas assez de sépultures pour nous prononcer sur ce sujet.

PHASE 3 : 540-420 avant J.-C.

Cette phase, bien que n’étant représentée que par un nombre restreint de sépultures est la phase la plus riche au niveau du mobilier. On voit apparaître des formes céramiques caractéristiques du secteur, au décor travaillé. Deux types semblent coexister : des céramiques possédant un fond à cupule et des urnes présentant un pied élevé. Les autres céramiques ont pu être associée à cette phase grâce à la datation précise du mobilier métallique ou par leur décor complexe et parfois similaire à celui découvert sur les urnes précédemment mentionnées.

Le mobilier métallique est quant à lui important : on note l’apparition de sépultures à vocation guerrière, caractérisée par la présence d’armes (éléments de lances, épées à antennes, couteaux). Les éléments de parure sont également présents : on trouve notamment des fibules à ressort très allongé qui existent partout en Aquitaine.

On remarque pour terminer que contrairement aux phases précédentes, les sépultures de cette période sont plus fréquentes dans les tumulus.

On peut donc imaginer une certaine évolution des pratiques funéraires durant le Premier Age du Fer. L’évolution sur les deux premières phases est difficilement perceptible, le corpus étudié ne regroupant qu’une centaine de sépultures et une partie de ce dernier n’ayant pu être étudié. La dernière phase montre pourtant un changement important : les armes en métal apparaissent dans les tombes et montrent ainsi le prestige d’une classe guerrière qui se fait alors enterrer sous tumulus.

VI Conclusion

Cette nouvelle étude des nécropoles de la région d’Arcachon a amené à reprendre une chronologie ancienne largement dépassée et à exploiter de manière plus poussée les travaux du Docteur B. Peyneau. Ainsi, les pratiques et les structures funéraires ont pu être un peu mieux appréhendées.

Toutefois, cette étude ne peut s’arrêter là. De nombreux points de comparaison avec le reste de l’Aquitaine et même avec le nord de l’Espagne ont été mis en évidence. Là encore, les anciennes publications devront être reprises, mais le travail qui a déjà été fait sur certains de ces textes a amené à d’intéressantes conclusions. On ne peut maintenant que souhaiter que de nouvelles fouilles archéologiques viennent étayer ces hypothèses, qui restent malgré tout encore quelque peu fragiles.

REPERES BIBLIOGRAPHIQUES

DAUTANT (A.), JACQUES (P.), LESCA-SEIGNE (A.), SEIGNE (J.) :

1985 : « occupation protohistorique du littoral », in Bulletin de la SHAA, 43, Arcachon, 1985, p.17-29.

DAUTANT (A.), LESCA-SEIGNE (A.), SEIGNE (J.) :

1984 : « Sépulture à incinération d’un couple à Biganos (Gironde) », in GOMEZ DE SOTO (dir.) : Aspects des Ages du Fer en Centre-Ouest, livret-guide de l’exposition au musée d’Angoulême, 15 avril-15 juin 1984, Angoulême, 1984.

GIRAUD (J.-P.) :

1994 : « Les sépultures en plaine de l’Aquitaine : tumulus et tombes plates », Aquitania, 12, p.125-137.

MOHEN (J.-P.) :

1972 : « Rapport entre les habitats et les nécropoles du Premier Age du Fer en Gironde », in Actes du 1er colloque archéologique de la 4ème section de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, Paris, 1972, Paris 1975, p.32-36.

1980 : L’Age du Fer en Aquitaine, du VIIIe au IIIe siècle avant J.-C., MSPF, 14, Paris, 1980.

MOHEN (J.-P.), COFFYN (A.) :

1970 : Les nécropoles hallstattiennes du bassin d’Arcachon, vol. XI, Bibliotheca Praehistorica Hispana, Madrid, 1970.

PEYNEAU (B.) :

                1926 (a) : Découvertes archéologiques dans le pays de Buch, Tome 1 : depuis l’âge de la pierre jusqu’à la conquête romaine, Bordeaux, 1926.

1926 (b) : Découvertes archéologiques dans le pays de Buch, Tome 2 : depuis la conquête romaine jusqu’à nos jours, Bordeaux, 1926.

ROUSSOT-LARROQUE (J.) :

1994 : « L’Age du Fer en Aquitaine littorale, hommes et milieux naturels », Aquitania, 12, 1994, p.13-25.

Notes :

[1] Peyneau (B.), 1926 (a), p.63.

[2] Rapports SRA Aquitaine.

[3] Les Gaillards, tumulus U.

[4] Documentation SRA Aquitaine.

[5] Certaines sépultures sous tumulus des Landes et des Pyrénées sont surmontées de plusieurs galets qui pourraient être interprétés comme des galets de calage. On peut imaginer un système de signalisation en matériau périssable.

[6] Documentation SRA Aquitaine.

[7] Ustrina : fosse crématoire. Interprétation qui était généralement fournie pour expliquer ces structures.

[8] Informations aimablement fournies par J.-C. Merlet.

[9] Nous avons déjà évoqué le problème des plats tronconiques brisés dans les urnes et de notre impossibilité à savoir dans quel sens ils étaient posés.

[10] Attention à la distinction qui doit être faite entre la notion de phase chronologique et de contemporanéité : des vases appartenant à la même phase chronologique ne sont par forcément contemporains. Une phase chronologique peut recouvrir plus d’un siècle : c’est le cas pour certaines phases de la région d’Arcachon.

[11] il est fréquent, lorsque l’on étudie du mobilier issu des fouilles anciennes, que ce dernier ait disparu alors que les publications de références ne donnent pas d’informations assez précises sur l’objet en question. Dans ce cas, la sépulture n’est pas prise en compte.

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