Lu dans le quotidien Sud Ouest ce jour (source : http://www.sudouest.fr/2014/10/25/une-memoire-retrouvee-1715533-2964.php) :

Une mémoire retrouvée

Depuis le XIIe siècle, il y avait à Lesparre un important couvent où résidaient des moines franciscains. Il n’en subsiste que quelques traces d’un grand intérêt historique.

Une mémoire retrouvée
Sur cette peinture murale, on distingue des blasons avec armoiries qui mériteraient une étude approfondie. © Photo

Photo dr

 

Si la Tour de l’Honneur est à juste titre aujourd’hui le monument historique emblématique de la ville de Lesparre, sa hautaine présence ne doit pas faire oublier qu’il y en a eu d’autres auxquels leur passé ou leur état actuel n’ont pas permis d’atteindre à la même renommée.Le couvent des Cordeliers, par exemple, s’il avait été bien conservé, ferait certainement de l’ombre à la tour malgré sa position en contrebas. Car le couvent était situé au pied de la tour, le long du cours du maréchal Leclerc, et y occupait vraisemblablement l’emplacement de plusieurs pâtés de maisons actuels où l’on trouve maintenant notamment un laboratoire d’analyse et une brocante.Fondé en 1239

Il avait été fondé par Ayquem-Guilem III, sire de Lesparre, en 1239, et était donc presque contemporain de son inspirateur, Saint-François d’Assises, alors que Louis IX, futur Saint-Louis, était un jeune roi de France de 25 ans. Le couvent a été occupé par des Cordeliers, c’est-à-dire des moines franciscains, jusqu’à la Révolution française qui a entraîné leur départ et une appropriation des bâtiments par l’État qui les a ensuite revendus par adjudication à des particuliers.

Entre les aménagements réalisés par les propriétaires privés et les travaux de voirie d’aménagement de la Ville, ces constructions ont pratiquement disparu au fil des années en même temps qu’elles s’effaçaient de la mémoire collective. Seuls persistaient des restes de l’ancienne église du couvent, mais ils étaient devenus invisibles par leur imbrication dans des bâtiments plus récents.

Ils ont toutefois refait surface en 1995, lorsque le propriétaire d’alors a déposé une demande de permis de démolir. Après études, le service régional de l’archéologie est intervenu pour éviter cette démolition qui selon lui, aurait anéanti les restes de l’église du couvent et surtout de très intéressantes peintures murales gothiques. Depuis cette date, la situation ne paraît pas avoir beaucoup évolué. De l’église, qui mesurait d’après d’anciens plans plus de 32 mètres de long, il ne reste presque rien depuis les travaux de percement de l’avenue Thiers (cours maréchal Leclerc) en 1878. Il ne subsiste que des morceaux de mur qui ont subi de nombreux remaniements et sont intégrés dans des constructions ultérieures, présentant cependant des traces d’ouvertures anciennes, d’arc brisé ou d’arcades.

Peintures murales rares

Beaucoup plus intéressantes sont les peintures qui ont traversé le temps et se trouvaient dans ce qui était la nef de l’église. Ces peintures murales comportent des écus d’armoiries qui alternent avec des représentations animalières qui vont de l’aigle au dragon, et relèvent de techniques qui permettent de les dater du XIVe siècle au plus tôt. Elles sont aujourd’hui très difficilement accessibles en raison de la construction d’un plancher intermédiaire.

Intérêt indiscutable

Jacqueline Laroche, qui est spécialiste en peintures murales à Lesparre, a cependant pu s’en approcher et elle indique : « Pour moi, on peut effectivement les dater du XIVe ou du XVe siècle. Ce ne sont pas des chefs-d’œuvre, c’est de la peinture utilitaire dédiée à la reconnaissance du seigneur du lieu. Si l’intérêt artistique n’est pas certain, l’intérêt historique est indiscutable. Il faudrait revoir leur état, les consolider pour mieux les conserver, et en tout cas mieux les étudier, notamment en ce qui concerne les blasons. »

Il y a là manifestement un pan de l’histoire de Lesparre qui reste en déshérence et qui attend depuis longtemps qu’enfin quelqu’un se penche à son chevet avant qu’il ne soit trop tard.

Arnaud Larrue

Sur le sujet, on pourra consulter dans le tome LXXXVII de la Revue Archéologique de Bordeaux année 1996 un article de Michelle Gaborit intitulé « Nouvelles découvertes de peintures murales médiévales en Gironde au cours de l’année 1996 ».

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